
Construire un portefeuille d’investissement ne consiste pas simplement à acheter quelques actions ou ETF qui semblent intéressants.
Un portefeuille est un ensemble.
Deux investissements peuvent être attractifs pris séparément et produire une allocation déséquilibrée lorsqu’ils sont combinés. Un portefeuille peut ainsi contenir vingt lignes différentes tout en restant extrêmement dépendant des actions américaines, de la technologie, des taux d’intérêt ou d’une seule devise.
La question n’est donc pas seulement :
Dans quoi investir ?
Elle est plutôt :
Comment combiner différents investissements pour construire un portefeuille cohérent avec ses objectifs, son horizon et le niveau de risque que l’on est réellement capable d’accepter ?
C’est là que commence la construction d’un portefeuille diversifié.
Et c’est également l’idée qui se trouve derrière Portefeuille Serein.
Un portefeuille serein n’est pas un portefeuille qui ne baisse jamais.
Un tel portefeuille n’existe pas.
C’est un portefeuille dont on comprend les risques, dans lequel chaque grande composante possède une fonction, et qui est suffisamment cohérent avec notre situation pour pouvoir être conservé lorsque les marchés deviennent difficiles.
Voyons les principes essentiels permettant de raisonner sur sa construction.
Qu’est-ce qu’un portefeuille d’investissement ?
Un portefeuille d’investissement désigne l’ensemble des actifs détenus par un investisseur dans le but de préserver ou de faire fructifier son capital.
Il peut notamment contenir :
- des actions ;
- des ETF ;
- des obligations ;
- des liquidités ;
- de l’immobilier ;
- de l’or ;
- des matières premières ;
- ou d’autres actifs.
Mais la liste des investissements ne suffit pas à décrire un portefeuille.
Leur poids est tout aussi important.
Imaginez deux investisseurs possédant exactement les mêmes actifs : actions, obligations, or et liquidités.
Le premier détient 80 % d’actions.
Le second seulement 30 %.
Ils possèdent les mêmes classes d’actifs, mais leur exposition au risque est complètement différente.
C’est ce que l’on appelle l’allocation d’actifs : la manière dont le capital est réparti entre les différentes catégories d’investissement.
Cette allocation influence fortement la volatilité, le potentiel de rendement et le comportement du portefeuille lorsque l’environnement économique change.
Avant de choisir les produits, il faut donc comprendre ce que l’on cherche à construire.
Pourquoi construire un portefeuille diversifié ?
La diversification repose sur une idée simple :
éviter qu’un seul événement puisse compromettre une part trop importante du patrimoine.
Imaginons un investisseur possédant uniquement les actions de son employeur.
Si l’entreprise rencontre de graves difficultés, il peut simultanément perdre son emploi et une partie importante de son patrimoine.
À l’inverse, répartir son capital entre différentes entreprises réduit le risque spécifique à une seule société.
Mais la diversification va beaucoup plus loin.
Diversifier entre entreprises
Posséder plusieurs sociétés permet de réduire l’impact d’un problème spécifique à l’une d’entre elles.
Une fraude, une mauvaise acquisition ou la perte d’un gros client n’affectera pas nécessairement les autres entreprises.
Diversifier entre secteurs
Posséder vingt entreprises technologiques ne protège pas nécessairement contre une baisse du secteur technologique.
Industrie, santé, finance, consommation, technologie ou énergie ne réagissent pas toujours de la même manière aux cycles économiques.
Diversifier géographiquement
Les différentes économies ne connaissent pas exactement les mêmes cycles.
Les États-Unis peuvent surperformer pendant plusieurs années, puis d’autres régions peuvent devenir relativement plus attractives.
Nous avons par exemple étudié la question de savoir si les investisseurs sous-estiment l’Europe.
Diversifier entre classes d’actifs
Actions, obligations, cash, immobilier, or et matières premières répondent à des moteurs économiques différents.
Et c’est ici qu’apparaît une notion essentielle.
Corrélation : posséder plusieurs investissements ne suffit pas
Supposons que vous possédiez dix actifs.
Vous pourriez penser être très diversifié.
Mais si ces dix actifs montent et baissent généralement ensemble, la diversification réelle est beaucoup plus faible qu’elle n’en a l’air.
C’est ce que mesure la corrélation.
Deux actifs fortement corrélés ont tendance à évoluer dans la même direction.
Deux actifs faiblement corrélés peuvent évoluer de manière plus indépendante.
L’objectif de la diversification n’est donc pas simplement d’accumuler des lignes.
Il est de combiner des investissements dont les risques ne sont pas parfaitement identiques.
Cela explique pourquoi un portefeuille composé de 15 ETF n’est pas automatiquement mieux diversifié qu’un portefeuille en contenant trois.
Si les 15 ETF détiennent en grande partie les mêmes entreprises américaines, l’investisseur peut simplement avoir créé une diversification apparente.
La bonne question n’est pas :
Combien de lignes ai-je ?
Mais :
À quels risques économiques suis-je réellement exposé ?
Quelles classes d’actifs peut-on mettre dans un portefeuille ?
Chaque classe d’actifs répond à une logique différente.
Comprendre cette fonction est plus important que de chercher immédiatement le meilleur produit disponible.
Les actions : rechercher la croissance à long terme
Acheter une action revient à acquérir une fraction d’une entreprise.
Si cette entreprise augmente durablement ses bénéfices et ses flux de trésorerie, sa valeur peut progresser sur le long terme.
Les actions permettent donc de participer à la croissance économique et à l’augmentation de la productivité des entreprises.
C’est ce qui explique leur rôle central dans de nombreux portefeuilles de long terme.
Mais ce potentiel s’accompagne de fluctuations importantes.
Une entreprise peut perdre une grande partie de sa valeur.
Un secteur peut devenir temporairement impopulaire.
Une récession peut faire baisser simultanément une grande partie du marché.
Et surtout, une excellente entreprise n’est pas nécessairement un excellent investissement à n’importe quel prix.
Nous avons expliqué dans Pourquoi une action baisse malgré de bons résultats que le marché ne réagit pas seulement aux résultats d’une entreprise.
Il réagit à l’écart entre ces résultats et les attentes déjà intégrées dans le cours.
Pour investir en actions, il faut donc penser à la fois à la qualité, à la croissance, au risque et à la valorisation.
Les ETF : un moyen simple de diversifier ?
Un ETF, ou fonds indiciel coté, permet d’investir dans un panier d’actifs à travers un seul produit.
Un ETF suivant un grand indice mondial peut ainsi donner accès à des centaines, voire des milliers d’entreprises.
Cela offre un avantage évident.
Au lieu de devoir choisir individuellement chaque société, l’investisseur peut obtenir immédiatement une exposition très large.
Mais il existe une confusion fréquente :
ETF ne signifie pas automatiquement diversifié.
Un ETF peut suivre :
- le marché mondial ;
- un seul pays ;
- un secteur ;
- des petites entreprises ;
- des obligations ;
- une matière première ;
- une stratégie particulière.
Un ETF technologique reste une exposition au secteur technologique.
Un ETF américain reste principalement une exposition aux États-Unis.
Il faut donc toujours distinguer le véhicule — l’ETF — de ce qu’il contient réellement.
Un seul ETF suffit-il pour investir ?
C’est une question fréquente.
La réponse dépend de ce que l’on cherche à diversifier.
Un ETF mondial très large peut suffire à obtenir une importante diversification au sein des actions.
Il peut contenir des centaines ou des milliers d’entreprises réparties entre plusieurs secteurs et plusieurs pays.
Ajouter cinq autres ETF actions ne rend pas nécessairement le portefeuille beaucoup plus diversifié.
Ils peuvent même créer de nombreux doublons.
En revanche, même un ETF actions extrêmement diversifié reste… un portefeuille d’actions.
Il ne diversifie donc pas nécessairement l’investisseur entre différentes classes d’actifs.
Cette distinction est essentielle.
Un seul ETF peut parfois fournir une excellente diversification géographique et sectorielle des actions sans pour autant constituer à lui seul un portefeuille adapté à tous les objectifs.
Combien d’ETF faut-il avoir dans un portefeuille ?
Il n’existe pas de nombre idéal.
Un investisseur peut posséder plusieurs ETF pour obtenir des expositions complémentaires.
Mais multiplier les ETF sans comprendre leurs compositions peut produire l’effet inverse de celui recherché.
Imaginez un portefeuille contenant :
- un ETF Monde ;
- un ETF S&P 500 ;
- un ETF Nasdaq ;
- un ETF technologie américaine.
Il contient quatre ETF.
Mais les plus grandes entreprises américaines peuvent apparaître dans chacun d’entre eux.
Le portefeuille semble diversifié par le nombre de fonds.
Économiquement, il peut être très concentré.
Avant d’ajouter un ETF, une question simple mérite donc d’être posée :
Quelle exposition nouvelle cet ETF apporte-t-il réellement à mon portefeuille ?
Si la réponse est « presque aucune », sa présence mérite d’être questionnée.
Combien d’actions faut-il avoir dans un portefeuille ?
Là encore, il n’existe pas de nombre magique.
Posséder deux actions crée évidemment un risque de concentration très important.
Mais passer de 30 à 50 actions ne garantit pas automatiquement une meilleure diversification.
Tout dépend de ce que ces entreprises ont en commun.
Dix banques peuvent réagir aux mêmes évolutions économiques.
Dix entreprises pétrolières restent fortement dépendantes du prix de l’énergie.
Dix entreprises technologiques américaines peuvent être exposées aux mêmes variations de valorisation et de taux d’intérêt.
Il faut donc observer :
- le poids des plus grosses positions ;
- les secteurs ;
- les zones géographiques ;
- les devises ;
- les facteurs économiques communs.
La diversification se mesure moins au nombre d’entreprises qu’à l’indépendance relative de leurs risques.
Les obligations : stabiliser et générer des revenus ?
Une obligation représente une dette.
Lorsque vous achetez une obligation, vous prêtez de l’argent à un État ou à une entreprise selon des conditions définies à l’avance.
Les obligations peuvent remplir plusieurs fonctions dans un portefeuille :
- générer des revenus ;
- apporter une source de rendement différente des actions ;
- réduire certaines formes de volatilité ;
- aider à préparer une dépense future.
Mais elles ne sont pas sans risque.
Une entreprise peut ne pas rembourser sa dette.
C’est le risque de crédit.
Les taux d’intérêt peuvent également évoluer.
Lorsque les taux augmentent fortement, les anciennes obligations offrant des rendements inférieurs deviennent moins attractives et leur prix peut baisser.
Le niveau des taux change donc profondément l’attractivité des obligations.
Nous avons étudié cette question dans Taux à 3–4 % : dans quels actifs investir ?.
Les liquidités : combien de cash conserver ?
Le cash possède une mauvaise réputation chez certains investisseurs.
Il serait de « l’argent qui ne travaille pas ».
C’est une vision incomplète.
Les liquidités remplissent plusieurs fonctions essentielles.
Elles permettent de financer les dépenses à court terme.
Elles évitent de devoir vendre un investissement pendant une forte baisse.
Elles peuvent également permettre de saisir certaines opportunités.
Mais conserver trop de liquidités pendant très longtemps possède un coût.
L’inflation réduit progressivement leur pouvoir d’achat.
La question n’est donc pas :
Faut-il détenir du cash ?
Mais :
Quelle quantité de capital doit rester disponible compte tenu de mes besoins et de mon horizon ?
Il n’existe pas de pourcentage universel.
Une personne dont les revenus sont très prévisibles n’a pas nécessairement les mêmes besoins qu’un entrepreneur.
Un investisseur préparant un achat immobilier dans deux ans n’a pas la même situation qu’un investisseur disposant d’un horizon de trente ans.
La part de cash doit donc être reliée à la fonction qu’elle remplit.
L’immobilier : une diversification réelle ?
L’immobilier peut offrir une source de rendement différente des marchés financiers.
Mais sa présence dans un portefeuille doit être analysée avec prudence.
Un propriétaire occupant possède déjà une exposition importante à l’immobilier, même s’il ne considère pas nécessairement son logement comme un investissement.
Ajouter encore beaucoup d’immobilier peut donc parfois augmenter la concentration patrimoniale plutôt que la réduire.
L’immobilier présente également des caractéristiques particulières :
- faible liquidité ;
- frais de transaction élevés ;
- endettement fréquent ;
- concentration géographique ;
- fiscalité spécifique.
Il peut jouer un rôle intéressant, mais il ne faut pas l’analyser isolément du reste du patrimoine.
Or et matières premières : quel rôle dans un portefeuille ?
Les matières premières sont très différentes des actions et des obligations.
Une entreprise peut générer des bénéfices.
Une obligation verse des intérêts.
Une tonne de cuivre ou une once d’or ne produit aucun flux de trésorerie par elle-même.
Leur prix dépend davantage de l’équilibre entre offre et demande, des stocks, des coûts de production et de l’environnement économique.
L’or
L’or possède également une dimension monétaire.
Il peut être recherché pendant certaines périodes d’incertitude, mais le mécanisme n’est pas automatique.
Nous avons par exemple étudié pourquoi l’or peut baisser même pendant une guerre.
Les matières premières industrielles
Le cuivre répond à une logique différente.
Réseaux électriques, électrification et data centers pourraient soutenir sa demande alors que développer de nouvelles mines nécessite énormément de temps.
Nous avons consacré une analyse complète à la question : le cuivre est-il la matière première stratégique de la décennie ?.
Mais investir dans une matière première nécessite d’abord de comprendre son cycle, son offre et ses possibilités de substitution.
C’est pourquoi nous avons également développé une méthode spécifique pour analyser une matière première.
Comment répartir actions, obligations et liquidités ?
C’est ici que beaucoup d’investisseurs cherchent une réponse immédiate.
60 % d’actions ?
70 % ?
80 % ?
Combien d’obligations ?
Combien de cash ?
Le problème est qu’une répartition n’a aucun sens indépendamment de la personne à laquelle elle s’applique.
Trois éléments sont particulièrement importants :
l’objectif, l’horizon et le risque acceptable.
L’objectif
Investissez-vous pour préparer votre retraite ?
Créer progressivement un revenu ?
Financer les études de vos enfants ?
Acheter une maison ?
Construire un patrimoine sur plusieurs décennies ?
La fonction de l’argent change la manière dont il devrait être investi.
L’horizon d’investissement
Plus une dépense est proche, plus une forte volatilité peut devenir problématique.
Une somme destinée à être utilisée dans douze mois ne devrait généralement pas être exposée au même risque qu’un capital destiné à rester investi pendant trente ans.
L’horizon permet notamment d’absorber certaines fluctuations.
Mais attention :
long terme ne signifie pas absence de risque.
Une mauvaise entreprise peut disparaître même après vingt ans.
Un actif acheté à une valorisation extrême peut offrir une performance décevante pendant longtemps.
L’horizon réduit certains risques.
Il ne les supprime pas tous.
La tolérance au risque
C’est probablement le concept le plus facile à surestimer lorsque les marchés montent.
Il est facile de se considérer comme tolérant au risque après plusieurs années de hausse.
La véritable question est différente :
Que feriez-vous si votre portefeuille perdait 20 %, 30 % ou davantage ?
Si une baisse normale pour l’allocation choisie provoque une vente panique, le portefeuille était probablement trop risqué.
Le risque doit donc être analysé avant la crise.
Pas pendant.
Qu’est-ce qu’un portefeuille équilibré ?
L’expression « portefeuille équilibré » désigne généralement un portefeuille cherchant un compromis entre croissance et stabilité.
L’exemple historique le plus connu est le portefeuille 60/40 :
60 % d’actions ;
40 % d’obligations.
Il ne s’agit pas d’une formule magique.
Cette allocation est simplement devenue célèbre parce qu’elle combine deux grandes sources de rendement ayant historiquement présenté des comportements différents.
Mais les corrélations changent.
Les taux changent.
Les valorisations changent.
Et surtout, les objectifs des investisseurs diffèrent.
Un portefeuille équilibré ne devrait donc pas être défini par un pourcentage universel.
Il devrait être défini comme :
une allocation dans laquelle les différentes sources de risque sont suffisamment cohérentes avec l’objectif de l’investisseur.
Pour certains, cela peut signifier beaucoup d’actions.
Pour d’autres, beaucoup moins.
Comment diversifier géographiquement son portefeuille ?
La diversification géographique permet d’éviter que l’ensemble du portefeuille dépende d’une seule économie.
Mais elle est plus complexe qu’il n’y paraît.
Une entreprise américaine peut réaliser une grande partie de son chiffre d’affaires en Europe ou en Asie.
Une entreprise européenne peut être extrêmement dépendante des États-Unis.
Le lieu de cotation n’est donc pas toujours identique à l’exposition économique réelle.
Il existe néanmoins plusieurs grandes zones que les investisseurs surveillent :
- États-Unis ;
- Europe ;
- Japon ;
- marchés émergents ;
- autres marchés développés.
Les performances relatives évoluent au fil des cycles.
Après une longue période de domination américaine, il est par exemple légitime de se demander si certaines autres régions deviennent relativement plus attractives.
C’est la question que nous avons étudiée dans Les investisseurs sous-estiment-ils l’Europe ?.
L’objectif de la diversification géographique n’est toutefois pas de deviner quel pays gagnera l’année prochaine.
Il est de réduire la dépendance à cette prédiction.
Comment mesurer le risque d’un portefeuille ?
Le risque est souvent résumé par un seul chiffre : la volatilité.
C’est utile.
Mais insuffisant.
Plusieurs dimensions méritent d’être observées.
La volatilité
Elle mesure l’ampleur des variations de prix.
Plus un actif fluctue fortement, plus sa volatilité est élevée.
Le drawdown
Le drawdown mesure la baisse entre un sommet et le point bas qui suit.
Pour l’investisseur, c’est souvent beaucoup plus concret.
Une volatilité de 15 % est abstraite.
Voir 100 000 € devenir temporairement 70 000 € l’est beaucoup moins.
La concentration
Quel poids représentent vos cinq plus grosses positions ?
Quel poids représente votre principal pays ?
Votre principal secteur ?
La corrélation
Les différentes composantes du portefeuille réagissent-elles toutes aux mêmes événements ?
Le risque de change
Un actif libellé ou économiquement exposé à une autre devise peut ajouter une nouvelle source de variation.
Le dollar joue notamment un rôle central dans les marchés mondiaux. Nous avons expliqué pourquoi le dollar américain peut se renforcer et pourquoi ses mouvements influencent de nombreuses classes d’actifs.
La liquidité
Pouvez-vous réellement vendre l’investissement rapidement et à un prix raisonnable lorsque vous en avez besoin ?
La perte permanente
C’est probablement le risque le plus important.
Une baisse temporaire n’est pas la même chose qu’une entreprise faisant faillite ou qu’un investissement dont la thèse économique disparaît.
Le véritable risque ne peut donc jamais être résumé par un seul indicateur.
Comment protéger son portefeuille contre l’inflation ?
L’inflation diminue le pouvoir d’achat de la monnaie.
Mais il n’existe pas un actif unique qui protège parfaitement contre toutes les formes d’inflation.
Les entreprises peuvent parfois augmenter leurs prix.
Certaines matières premières peuvent bénéficier de tensions sur l’offre.
L’immobilier peut réagir différemment.
Les obligations peuvent souffrir si les taux augmentent.
Le cash conserve sa valeur nominale mais perd progressivement du pouvoir d’achat.
Tout dépend également de la cause de l’inflation.
Une inflation provoquée par une forte croissance économique n’a pas les mêmes conséquences qu’un choc énergétique accompagné d’une récession.
C’est notamment pourquoi les marchés peuvent parfois continuer à progresser alors que l’inflation reste élevée, comme nous l’avons expliqué dans Pourquoi les marchés montent malgré l’inflation.
Un portefeuille diversifié ne cherche donc pas nécessairement à identifier « l’actif anti-inflation ».
Il cherche à ne pas dépendre entièrement d’un seul scénario d’inflation.
Faut-il modifier son portefeuille selon les prévisions économiques ?
Une récession semble probable.
Faut-il vendre les actions ?
Les taux vont probablement baisser.
Faut-il acheter des obligations ?
L’intelligence artificielle nécessite énormément d’électricité.
Faut-il acheter du cuivre ?
Ces raisonnements semblent logiques.
Le problème est que les marchés financiers anticipent eux aussi l’avenir.
Une information largement connue peut déjà être intégrée dans les prix.
C’est précisément pourquoi une action peut publier d’excellents résultats et malgré tout baisser : les investisseurs en attendaient encore davantage.
Le même principe s’applique à presque toutes les classes d’actifs.
Une prévision économique correcte ne garantit donc pas un investissement rentable.
Il faut également comprendre ce que le marché anticipe déjà.
La diversification offre une alternative intéressante.
Plutôt que de construire tout le portefeuille autour d’une seule prévision, elle permet de se préparer à plusieurs scénarios.
Prévoir et se préparer sont deux choses différentes.
Comment rééquilibrer son portefeuille ?
Supposons qu’un investisseur définisse une allocation correspondant à ses objectifs.
Quelques années passent.
Les actions progressent beaucoup plus rapidement que les autres actifs.
Leur poids augmente mécaniquement.
Le portefeuille possède désormais davantage de risque actions qu’au départ.
Le rééquilibrage consiste à ramener l’allocation vers les proportions souhaitées.
Il peut être réalisé de plusieurs façons.
L’investisseur peut vendre une partie des actifs devenus surpondérés.
Mais il peut également utiliser ses nouveaux apports pour renforcer les composantes devenues sous-pondérées.
Cette deuxième méthode peut éviter certaines ventes inutiles.
Il n’existe pas de fréquence universelle.
Rééquilibrer chaque semaine pourrait créer beaucoup de transactions inutiles.
Ne jamais rééquilibrer peut laisser le portefeuille dériver très loin de son profil initial.
Le principe essentiel est plutôt :
Lorsque le portefeuille devient sensiblement différent de celui que vous aviez choisi, il mérite d’être réexaminé.
Les 10 erreurs fréquentes dans un portefeuille d’investissement
1. Acheter uniquement ce qui vient de monter
Les performances récentes attirent naturellement les investisseurs.
Mais elles peuvent également correspondre au moment où les attentes sont les plus élevées.
2. Confondre nombre de lignes et diversification
Quinze ETF contenant les mêmes grandes entreprises ne créent pas quinze sources indépendantes de rendement.
3. Concentrer excessivement son portefeuille
Une seule entreprise, un seul secteur ou un seul pays peut prendre progressivement une place disproportionnée.
4. Ignorer les frais
Une différence de frais apparemment faible peut devenir significative lorsqu’elle se répète pendant plusieurs décennies.
5. Sous-estimer sa réaction aux baisses
Le portefeuille idéal sur Excel peut devenir le pire portefeuille s’il conduit à vendre pendant une panique.
6. Conserver trop de cash sans objectif précis
La stabilité nominale possède un coût lorsque l’inflation érode progressivement le pouvoir d’achat.
7. Investir dans ce que l’on ne comprend pas
Il est difficile de savoir s’il faut conserver un actif en baisse lorsqu’on ne sait pas pourquoi on l’a acheté.
8. Changer constamment de stratégie
Une nouvelle tendance apparaît presque chaque année.
Technologie.
Crypto.
Énergie.
Intelligence artificielle.
Matières premières.
Une allocation changeant avec chaque nouvelle mode n’est probablement plus une allocation.
9. Ignorer le reste de son patrimoine
Un investisseur travaillant dans la technologie, recevant des actions de son employeur et investissant tout son portefeuille en Nasdaq possède plusieurs expositions au même risque.
Le portefeuille financier doit être analysé dans un contexte patrimonial plus large.
10. Chercher le portefeuille parfait
Il n’existe probablement pas.
Toute allocation possède des périodes où elle sous-performe.
La question n’est donc pas de trouver un portefeuille gagnant dans tous les environnements.
Elle est de trouver un portefeuille suffisamment robuste pour atteindre ses objectifs dans plusieurs environnements plausibles.
Qu’est-ce qu’un portefeuille serein ?
Nous pouvons maintenant revenir au concept qui donne son nom à ce site.
Un portefeuille serein n’est pas nécessairement prudent.
Il n’est pas nécessairement composé majoritairement d’ETF.
Il n’est pas nécessairement orienté vers les dividendes.
Et il ne possède pas une allocation universelle.
Il repose plutôt sur plusieurs principes.
Des objectifs clairement identifiés
On ne peut pas choisir correctement un investissement sans savoir à quoi servira le capital.
Un horizon cohérent
Le risque accepté doit être compatible avec le moment où l’argent pourra être nécessaire.
Une diversification réelle
Pas simplement beaucoup de lignes, mais plusieurs sources de risque et de rendement.
Une allocation comprise
Chaque grande composante doit avoir une fonction.
Un risque supportable
Une stratégie que l’on abandonne pendant chaque crise n’est pas adaptée.
Une discipline dans le temps
Le portefeuille ne devrait pas être entièrement reconstruit à chaque nouvelle prévision économique.
On pourrait donc résumer l’idée ainsi :
Un portefeuille serein est un portefeuille suffisamment cohérent avec vos objectifs pour que vous n’ayez pas besoin de prévoir précisément l’avenir afin de le conserver.
Cet article présente les grands principes permettant de réfléchir à cette construction.
Déterminer concrètement la répartition entre les différentes classes d’actifs, sélectionner les supports et définir une méthode de gestion nécessite cependant une démarche beaucoup plus détaillée.
C’est précisément l’objet du Guide Portefeuille Serein, qui développe cette méthode étape par étape.
Questions fréquentes sur la construction d’un portefeuille
Comment construire un portefeuille d’investissement ?
La construction d’un portefeuille commence par la définition de l’objectif, de l’horizon d’investissement et du niveau de risque acceptable. L’investisseur peut ensuite réfléchir à la répartition entre différentes classes d’actifs avant de sélectionner les produits permettant d’obtenir ces expositions. Choisir les investissements avant de définir l’allocation revient à commencer par la fin.
Comment diversifier son portefeuille ?
Une diversification efficace peut combiner plusieurs entreprises, secteurs, zones géographiques et classes d’actifs. Le nombre de lignes n’est pas suffisant : il faut également vérifier que les investissements ne dépendent pas tous des mêmes facteurs économiques.
Combien d’ETF faut-il avoir dans un portefeuille ?
Il n’existe pas de nombre optimal. Un seul ETF très large peut contenir des centaines ou des milliers d’actions, tandis que plusieurs ETF fortement similaires peuvent créer des doublons. Chaque ETF supplémentaire devrait apporter une exposition réellement différente ou remplir une fonction identifiable.
Un ETF World suffit-il pour être diversifié ?
Un ETF mondial peut fournir une diversification importante au sein des marchés actions en donnant accès à de nombreuses entreprises, secteurs et pays. Il reste toutefois une exposition aux actions. Il ne constitue donc pas nécessairement une diversification entre différentes classes d’actifs.
Combien d’actions faut-il avoir dans un portefeuille ?
Il n’existe pas de nombre universel. Le niveau de diversification dépend autant du poids des positions et de leurs corrélations que du nombre d’entreprises. Un portefeuille de nombreuses sociétés appartenant au même secteur peut rester fortement concentré.
Qu’est-ce qu’un portefeuille équilibré ?
Un portefeuille équilibré cherche à combiner potentiel de croissance et maîtrise du risque à travers plusieurs types d’actifs. Le portefeuille 60 % actions / 40 % obligations constitue un exemple historique célèbre, mais il ne représente pas une allocation universellement adaptée.
Quelle part de cash faut-il garder ?
La quantité de liquidités dépend notamment des dépenses futures, de la stabilité des revenus, de l’horizon et de la nécessité d’éviter des ventes forcées. Il n’existe donc pas de pourcentage adapté à tous les investisseurs.
Comment rééquilibrer un portefeuille ?
Le rééquilibrage consiste à rapprocher périodiquement le portefeuille de l’allocation souhaitée lorsque les performances des différents actifs ont modifié leurs poids. Il peut être réalisé par des ventes, mais également en orientant les nouveaux investissements vers les composantes devenues sous-pondérées.
Investir sereinement, c’est accepter de ne pas connaître l’avenir
Personne ne sait avec certitude quel marché offrira la meilleure performance l’année prochaine.
Ni quand aura lieu la prochaine récession.
Ni jusqu’où iront les taux.
Ni quelle région dominera les marchés pendant les dix prochaines années.
Construire un portefeuille entièrement dépendant d’une prévision revient donc à parier que cette prévision sera correcte.
Une autre approche consiste à accepter cette incertitude.
Comprendre ce que l’on possède.
Diversifier les risques.
Adapter les investissements à leur horizon.
Conserver suffisamment de liquidité.
Éviter de payer n’importe quel prix pour une histoire séduisante.
Et construire une stratégie que l’on peut conserver lorsque les marchés deviennent inconfortables.
La sérénité en investissement ne vient pas de l’absence de risque.
Elle vient en grande partie de la compréhension de ce risque.
Le rôle d’un portefeuille bien construit n’est pas de prévoir l’avenir. Il est de permettre à l’investisseur de continuer à avancer même lorsque l’avenir reste incertain.
Cet article est fourni à titre pédagogique et ne constitue pas un conseil en investissement. Tout investissement comporte un risque de perte en capital.

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