Pourquoi les marchés montent-ils alors que l’inflation repart ?

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Les marchés anticipent l’avenir. Mais personne ne le connaît.

L’inflation revient dans les gros titres.

Les prix de l’énergie remontent. Les banques centrales restent prudentes. Les tensions géopolitiques occupent les unes des journaux. Pourtant, les marchés boursiers continuent de progresser et plusieurs indices évoluent près de leurs sommets historiques.

Comment est-ce possible ?

Pour beaucoup d’investisseurs, l’explication semble évidente :

« Les professionnels savent quelque chose que nous ignorons. »

Les banques d’investissement, les hedge funds et la fameuse « Big Money » auraient déjà identifié la prochaine étape du cycle économique et se positionneraient avant tout le monde.

Cette explication est séduisante.

Mais elle est probablement fausse.


Les marchés ne regardent pas l’économie d’aujourd’hui

La première chose à comprendre est que les marchés ne valorisent pas le présent.

Les médias commentent les chiffres publiés aujourd’hui :

  • inflation du mois dernier ;
  • croissance du trimestre précédent ;
  • derniers résultats d’entreprises ;
  • dernière décision d’une banque centrale.

Les marchés, eux, essaient d’estimer ce qui se passera dans les prochains mois.

Lorsqu’un investisseur achète une action, il achète avant tout les bénéfices futurs d’une entreprise. Il cherche donc à évaluer :

  • les profits de demain ;
  • la croissance future ;
  • les taux d’intérêt futurs ;
  • les risques futurs.

C’est pourquoi les marchés peuvent parfois monter alors même que les nouvelles économiques paraissent mauvaises.

La bourse n’est pas un thermomètre du présent.

C’est une machine qui tente d’anticiper l’avenir.


Oui, les marchés anticipent six à douze mois à l’avance

On entend souvent que les marchés ont « six à douze mois d’avance » sur l’économie.

Cette idée est globalement correcte.

Historiquement, les marchés se retournent souvent avant l’économie réelle. Les actions peuvent commencer à rebondir alors que les indicateurs économiques restent dégradés. De la même manière, elles peuvent corriger alors que les statistiques publiées semblent encore excellentes.

Mais c’est ici qu’une confusion importante apparaît.

Beaucoup de personnes interprètent cette avance comme une preuve que les marchés connaissent l’avenir.

Ce n’est pas le cas.


Anticiper n’est pas prédire

Les marchés ne prédisent pas l’avenir.

Ils formulent des hypothèses.

À chaque instant, des millions d’investisseurs évaluent différents scénarios :

  • inflation durable ou temporaire ;
  • récession ou croissance ;
  • baisse ou hausse des taux ;
  • succès ou échec des investissements dans l’intelligence artificielle.

Le prix de marché représente simplement le consensus actuel sur ce qui semble le plus probable.

Et ce consensus évolue constamment.

Chaque nouvelle information modifie les probabilités attribuées aux différents scénarios. Les prix s’ajustent alors en conséquence.

Anticiper n’est donc pas prédire.

C’est simplement estimer ce qui paraît le plus probable à un instant donné.


Le mythe de la « Big Money » qui sait tout

C’est probablement l’une des croyances les plus répandues chez les investisseurs particuliers.

Lorsque les marchés montent malgré une actualité inquiétante, beaucoup concluent :

« Les professionnels savent quelque chose. »

Pourtant, l’histoire financière est remplie d’exemples montrant que les experts se trompent régulièrement :

  • récessions annoncées qui n’arrivent jamais ;
  • crises imprévues ;
  • rebonds inattendus ;
  • bulles largement sous-estimées.

Même les meilleures institutions financières révisent continuellement leurs prévisions.

Les professionnels disposent souvent de davantage de ressources, de données et d’outils d’analyse.

Ils ne disposent pas du futur.

La réalité est beaucoup moins spectaculaire :

les marchés sont simplement l’agrégation de millions d’opinions, parfois pertinentes, parfois erronées, souvent contradictoires.


Pourquoi les marchés montent aujourd’hui malgré l’inflation

Si les marchés progressent actuellement, ce n’est pas parce qu’ils savent ce qui va se passer.

C’est parce qu’ils privilégient aujourd’hui un scénario plutôt qu’un autre.

Le consensus semble notamment reposer sur plusieurs hypothèses :

  • des bénéfices d’entreprises toujours solides ;
  • des investissements massifs dans l’intelligence artificielle ;
  • une croissance économique qui résiste ;
  • une inflation qui resterait maîtrisable à moyen terme.

Peut-être que ce scénario se réalisera.

Peut-être pas.

L’important est de comprendre que les marchés n’expriment pas une certitude.

Ils expriment une probabilité.


Le vrai problème des investisseurs particuliers

Face à cette incertitude, beaucoup cherchent :

  • le bon expert ;
  • la bonne prévision ;
  • le bon article ;
  • le bon signal d’achat ou de vente.

Ils veulent savoir qui a raison.

Mais c’est souvent la mauvaise question.

Car même si vous identifiez aujourd’hui l’expert le plus convaincant, rien ne garantit que son scénario se réalisera.

L’avenir reste fondamentalement incertain.


La véritable leçon pour construire un portefeuille serein

Si personne ne connaît réellement l’avenir, alors la solution n’est pas de trouver le meilleur prophète.

La solution est de construire un portefeuille capable de fonctionner dans plusieurs scénarios.

Un portefeuille robuste doit pouvoir traverser :

  • une inflation élevée ;
  • une inflation en baisse ;
  • une récession ;
  • une accélération économique ;
  • un boom technologique ;
  • une déception sur l’IA ;
  • une hausse ou une baisse des taux.

Autrement dit :

moins de prévisions, davantage de robustesse.

Cela implique généralement :

  • une diversification adaptée ;
  • une allocation cohérente avec ses objectifs ;
  • des règles de rééquilibrage ;
  • un horizon de long terme ;
  • une gestion du risque disciplinée.

Conclusion

Les marchés montent parfois alors même que les mauvaises nouvelles s’accumulent.

Non pas parce que la « Big Money » connaît l’avenir.

Mais parce que les investisseurs tentent collectivement d’imaginer le futur le plus probable.

Parfois ils ont raison.

Parfois ils se trompent.

Pour l’investisseur de long terme, l’objectif n’est donc pas de savoir qui possède la meilleure boule de cristal.

L’objectif est de posséder un portefeuille suffisamment robuste pour continuer à progresser même lorsque le consensus se trompe.

Et c’est peut-être cela, au fond, la véritable définition d’un portefeuille serein.

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