Pourquoi le monde a toujours besoin de plus de dollars américains (et pourquoi cela pourrait soutenir durablement le dollar)

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Les capitaux, l’énergie, le commerce et l’innovation convergent vers les États-Unis, alimentant une demande structurelle de dollars.

Tout le monde parle de la dette américaine… mais presque personne ne parle de la demande mondiale de dollars.

Depuis plusieurs années, un même scénario revient régulièrement.

Les États-Unis accumulent une dette colossale.

Les BRICS souhaitent réduire leur dépendance au dollar.

La Chine développe progressivement l’utilisation du yuan.

L’euro cherche à renforcer son rôle international.

Pour beaucoup, la conclusion semble évidente : le dollar finirait par perdre son statut dominant.

Pourtant, cette analyse oublie une question essentielle.

Pourquoi le monde continue-t-il d’acheter autant de dollars ?

Car la valeur d’une monnaie ne dépend pas uniquement de la quantité créée.

Elle dépend également de la demande.

Et aujourd’hui, cette demande reste considérable.


Une monnaie vaut avant tout parce que quelqu’un souhaite la détenir

Prenons un exemple très simple.

Un investisseur allemand souhaite acheter pour 100 millions de dollars d’obligations américaines.

Il ne peut pas les acheter avec des euros.

Il doit d’abord acheter…

…des dollars.

Le même raisonnement s’applique à un fonds de pension japonais, une compagnie d’assurance canadienne ou une banque suisse.

Chaque investissement réalisé aux États-Unis commence par une demande de dollars.

Cette réalité est souvent sous-estimée.


Premier fondamental : les taux américains attirent l’épargne mondiale

Depuis plusieurs années, les obligations américaines offrent des rendements parmi les plus attractifs des grandes économies développées.

Pour un investisseur institutionnel, la logique est simple.

Si les obligations américaines offrent un meilleur rendement, tout en restant parmi les actifs les plus liquides au monde, elles deviennent naturellement plus attractives.

Cette demande concerne :

  • les banques centrales ;
  • les fonds souverains ;
  • les compagnies d’assurance ;
  • les fonds de pension ;
  • les grands gestionnaires d’actifs.

Avant même d’acheter une obligation américaine, tous doivent acheter des dollars.

Le rendement élevé des Treasuries ne soutient donc pas uniquement le marché obligataire.

Il crée également une demande structurelle pour la devise américaine.


Deuxième fondamental : les États-Unis attirent les capitaux du monde entier

Les obligations ne représentent qu’une partie de l’histoire.

Les États-Unis concentrent aujourd’hui une grande partie des investissements liés :

  • à l’intelligence artificielle ;
  • aux semi-conducteurs ;
  • aux centres de données ;
  • au cloud ;
  • aux infrastructures énergétiques nécessaires à cette révolution technologique.

Lorsqu’un investisseur européen ou asiatique souhaite financer ces projets, il doit convertir sa monnaie en dollars.

Autrement dit, plus les États-Unis attirent les investissements internationaux, plus ils créent une demande naturelle pour leur devise.


Troisième fondamental : les États-Unis sont redevenus une puissance énergétique

C’est probablement l’évolution la plus sous-estimée.

Pendant des décennies, les États-Unis étaient un immense importateur d’énergie.

Aujourd’hui, la situation est très différente.

Ils figurent parmi les principaux producteurs mondiaux de pétrole.

Ils sont devenus le premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié.

Depuis la crise énergétique européenne, leurs exportations vers l’Europe ont fortement progressé.

Une partie croissante de l’énergie consommée dans le monde provient désormais directement des États-Unis.

Et ces échanges sont largement réalisés en dollars.

Chaque cargaison de GNL exportée contribue ainsi, directement ou indirectement, à renforcer la demande mondiale de dollars.


Quatrième fondamental : le commerce mondial continue de fonctionner en dollars

Même lorsque les États-Unis ne participent pas directement à une transaction, le dollar reste souvent la monnaie utilisée.

C’est notamment le cas pour :

  • le pétrole ;
  • le gaz ;
  • de nombreuses matières premières ;
  • le transport maritime ;
  • certains contrats industriels.

Cette situation oblige les entreprises et les banques du monde entier à conserver d’importantes réserves en dollars afin d’assurer leurs activités quotidiennes.

Le dollar n’est donc pas seulement une monnaie d’investissement.

Il reste également une monnaie de fonctionnement.


Cinquième fondamental : les États-Unis contrôlent l’offre mondiale de dollars

Voici un paradoxe rarement évoqué.

Le monde entier utilise le dollar.

Mais un seul pays décide réellement de sa création.

La Réserve fédérale contrôle la politique monétaire.

Le Trésor américain émet les obligations qui servent de référence au système financier mondial.

Autrement dit, la principale monnaie internationale dépend avant tout des décisions économiques américaines.

Cette situation donne aux États-Unis une influence unique dans l’économie mondiale.


Pourquoi cela fait écho au risque de pénurie mondiale de dollars

Dans un précédent article, nous expliquions pourquoi une pénurie mondiale de dollars pouvait apparaître.

Ces deux analyses racontent en réalité la même histoire.

Si la demande mondiale de dollars continue d’augmenter grâce :

  • aux obligations américaines ;
  • aux investissements internationaux ;
  • au commerce mondial ;
  • aux exportations d’énergie ;

alors des tensions peuvent apparaître lorsque la création de nouveaux dollars ralentit.

Ce n’est pas nécessairement un manque absolu de dollars.

C’est un déséquilibre entre une demande toujours plus forte et une offre qui n’augmente pas au même rythme.


Que signifie un dollar plus fort pour l’Europe ?

Un dollar fort n’est pas une bonne ou une mauvaise nouvelle.

Tout dépend de votre point de vue.

Conséquences positivesConséquences négatives
Les entreprises européennes exportent plus facilementLe gaz devient plus coûteux
Les revenus réalisés en dollars augmentent une fois convertis en eurosLe pétrole est généralement plus cher
Certaines entreprises du CAC 40 ou du DAX peuvent améliorer leurs résultatsLes matières premières coûtent davantage
Certains indices européens peuvent être soutenusLes voyages aux États-Unis deviennent plus chers
Le tourisme étranger vers l’Europe est favoriséLe pouvoir d’achat européen peut diminuer

Autrement dit, un euro plus faible peut soutenir les bénéfices des grandes entreprises européennes tout en pesant sur le budget des ménages.

C’est l’un des grands paradoxes des marchés financiers.


Le dollar peut-il rester fort pendant encore longtemps ?

Personne ne peut prévoir l’évolution d’une devise avec certitude.

En revanche, plusieurs facteurs pourraient continuer à soutenir la demande mondiale de dollars :

  • des taux américains relativement élevés ;
  • une économie qui attire les capitaux internationaux ;
  • une position dominante dans l’intelligence artificielle ;
  • un rôle majeur dans les exportations d’énergie ;
  • un commerce mondial encore largement libellé en dollars.

À l’inverse, cette analyse serait remise en question si plusieurs de ces moteurs s’affaiblissaient simultanément ou si une alternative crédible au dollar s’imposait progressivement.


Conclusion : la vraie question n’est peut-être pas celle que l’on croit

Le débat sur le dollar se résume souvent à une seule interrogation :

Les États-Unis ont-ils trop de dettes ?

C’est une question légitime.

Mais elle ne suffit pas.

Une monnaie ne tire pas uniquement sa valeur de la solidité de son émetteur.

Elle dépend aussi du nombre d’acteurs qui en ont besoin.

Aujourd’hui encore, investisseurs, entreprises, banques centrales, importateurs d’énergie et grandes institutions continuent d’acheter des dollars chaque jour pour faire fonctionner leurs activités.

Tant que cette demande structurelle demeurera, le dollar conservera probablement une place centrale dans le système financier mondial.

Pour un investisseur européen, comprendre ces mécanismes est sans doute plus utile que d’essayer de prédire le prochain mouvement de l’EUR/USD.

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