Les investisseurs sous-estiment-ils l’Europe ?

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Pourquoi le consensus peut se tromper. Pourquoi les valorisations comptent davantage que les narratifs.

Si je vous demandais où investir aujourd’hui…

Si je vous demandais où investir pour les dix prochaines années, beaucoup répondraient probablement sans hésiter :

Les États-Unis.

Après tout, les arguments semblent évidents.

L’économie américaine est plus dynamique.

Les géants de l’intelligence artificielle sont américains.

Les bénéfices des entreprises progressent rapidement.

Les marchés américains enchaînent les records.

Pendant ce temps, l’Europe semble accumuler les difficultés.

Croissance économique plus faible.

Vieillissement démographique.

Industrie sous pression.

Coût de l’énergie plus élevé.

Réglementation parfois lourde.

À première vue, la conclusion paraît logique.

Pourquoi investir dans une région qui semble moins performante ?

Pourtant, cette question contient déjà un piège.

Car les marchés financiers ne récompensent pas les meilleures histoires.

Ils récompensent les écarts entre ce que tout le monde attend… et ce qui finit réellement par se produire.


Une excellente économie n’est pas forcément un excellent investissement

C’est probablement l’une des erreurs les plus fréquentes chez les investisseurs.

Ils confondent souvent qualité économique et potentiel boursier.

Or ces deux notions sont très différentes.

Une économie peut être exceptionnelle…

…tout en offrant des rendements décevants pendant plusieurs années.

À l’inverse, une économie jugée médiocre peut générer d’excellentes performances boursières.

Pourquoi ?

Parce qu’un investisseur n’achète pas une économie.

Il achète un prix.

Comme le résume parfaitement Warren Buffett :

« Price is what you pay. Value is what you get. »

Autrement dit, une entreprise ou un marché peut être remarquable… mais constituer un mauvais investissement si tout le monde est déjà prêt à payer très cher pour l’acheter.


Les marchés regardent toujours plusieurs années devant eux

C’est une idée que nous avons déjà abordée dans Pourquoi les marchés montent malgré l’inflation :

Les marchés financiers vivent dans le futur.

Ils ne valorisent pas la situation actuelle.

Ils valorisent les anticipations.

Lorsqu’une bonne nouvelle est connue de tous, elle est souvent déjà intégrée dans les prix.

À l’inverse, ce sont les surprises qui déplacent réellement les marchés.


Les attentes comptent davantage que les résultats

Le même phénomène explique pourquoi une action peut parfois chuter malgré d’excellents résultats.

Cela paraît contre-intuitif.

Une entreprise annonce des bénéfices records…

…et pourtant son action baisse.

Pourquoi ?

Parce que les investisseurs espéraient encore mieux.

Les marchés ne comparent jamais la réalité avec le passé.

Ils la comparent avec leurs attentes.

Exactement le même mécanisme s’applique aux continents.

L’Europe n’a pas besoin de devenir la région la plus dynamique du monde.

Elle doit simplement faire un peu mieux que ce que le marché attend aujourd’hui.


Le piège du consensus

Lorsqu’un scénario devient évident…

…il devient aussi de plus en plus difficile d’en tirer un avantage.

Pourquoi ?

Parce que la majorité des investisseurs sont déjà positionnés.

Les bonnes nouvelles sont attendues.

Les mauvaises nouvelles deviennent, elles, capables de surprendre.

À l’inverse, lorsqu’un marché est largement ignoré ou délaissé, les attentes deviennent très faibles.

Dans ce cas, une simple amélioration peut suffire à changer radicalement la perception des investisseurs.

C’est précisément ce mécanisme qui explique pourquoi les plus fortes performances naissent souvent là où le pessimisme est déjà largement intégré dans les prix.


Les valorisations racontent une histoire différente

Depuis plusieurs années, les actions américaines se négocient à des multiples de valorisation nettement supérieurs à ceux des actions européennes.

Autrement dit…

Les investisseurs acceptent aujourd’hui de payer beaucoup plus cher chaque euro ou dollar de bénéfices aux États-Unis qu’en Europe.

Cela ne signifie pas que les actions américaines sont surévaluées.

Cela signifie simplement qu’elles incorporent déjà des attentes particulièrement élevées.

Plus les attentes sont élevées…

…plus il devient difficile de les dépasser.

À l’inverse, un marché peu apprécié peut parfois offrir de bonnes surprises simplement parce que les attentes étaient devenues trop pessimistes.


L’histoire nous rappelle que le consensus se trompe régulièrement

À la fin des années 1980, le Japon semblait imbattable.

Beaucoup imaginaient que sa domination économique durerait des décennies.

Les valorisations avaient atteint des niveaux extraordinaires.

La suite est connue.

Le marché japonais a ensuite traversé une très longue période de stagnation.

À l’inverse, après la crise de la dette européenne de 2011-2012, nombreux étaient ceux qui annonçaient un déclin durable de la zone euro.

Pourtant, les marchés européens ont ensuite connu plusieurs années de nette reprise.

L’histoire ne se répète jamais exactement.

Mais elle rappelle une chose essentielle :

Le consensus se trompe beaucoup plus souvent qu’on ne le pense.


Les flux de capitaux changent constamment

Les marchés évoluent en permanence.

Nous l’avons observé récemment lorsque les investisseurs ont commencé à accepter des rendements de 4 % pratiquement sans risque.

Pendant plus de dix ans, les actions constituaient quasiment la seule source de rendement.

Aujourd’hui, les obligations sont redevenues attractives.

Les capitaux se déplacent.

Les valorisations évoluent.

Les préférences changent.

Les marchés ne sont jamais figés.


Les devises et l’or racontent exactement la même histoire

Ce phénomène ne concerne pas uniquement les actions.

Nous avons montré pourquoi le dollar américain pouvait continuer à monter, alors même que beaucoup anticipaient déjà son affaiblissement.

Nous avons également expliqué pourquoi l’or pouvait baisser malgré un contexte géopolitique tendu.

Dans les deux cas, le mécanisme est identique.

Les marchés ne réagissent pas aux événements.

Ils réagissent aux surprises.


Ce que regarde la majorité… et ce qui compte réellement

Ce que regarde la majoritéCe qui influence réellement les rendements
La croissance économiqueLes attentes déjà intégrées dans les prix
Les performances passéesLes valorisations de départ
Les narratifs médiatiquesLes surprises positives ou négatives
Les entreprises les plus célèbresLe prix payé pour les acheter
Le consensusLes écarts par rapport au consensus

Alors… les investisseurs sous-estiment-ils l’Europe ?

Peut-être.

Ou peut-être pas.

Et ce n’est finalement pas la question la plus intéressante.

La vraie question est plutôt la suivante :

Le pessimisme actuel est-il déjà entièrement intégré dans les prix ?

Si la réponse est oui…

Alors l’Europe n’a pas besoin de devenir la région la plus performante du monde.

Elle a simplement besoin d’être moins mauvaise que prévu.

C’est souvent ainsi que naissent les meilleures surprises boursières.


Conclusion

Les marchés ont largement récompensé les États-Unis au cours des quinze dernières années.

Ils continueront peut-être à le faire.

Personne ne peut l’affirmer avec certitude.

Mais l’investissement ne consiste pas à identifier les économies les plus admirées.

Il consiste à comprendre ce que les marchés considèrent déjà comme acquis.

Lorsque tout le monde regarde dans la même direction…

…il devient parfois intéressant de regarder ailleurs.

Non pas parce que le consensus a forcément tort.

Mais parce que les meilleures opportunités apparaissent souvent lorsque les attentes deviennent excessivement optimistes… ou excessivement pessimistes.

C’est peut-être là la leçon la plus importante pour tout investisseur de long terme.


Questions fréquentes

Faut-il vendre ses actions américaines ?

Non. Cet article ne cherche pas à opposer les États-Unis et l’Europe. Il rappelle simplement qu’un excellent marché peut offrir des rendements futurs plus modestes si les attentes sont déjà très élevées.

Pourquoi les actions européennes sont-elles souvent moins chères ?

Les investisseurs anticipent généralement une croissance plus faible en Europe. Cette perception se traduit par des valorisations inférieures. Cela ne garantit pas une meilleure performance future, mais peut offrir davantage de marge si les anticipations s’améliorent.

Les valorisations suffisent-elles pour investir ?

Non. Elles constituent un point de départ, pas une garantie. Les bénéfices, les taux d’intérêt, la gouvernance et la qualité des entreprises restent essentiels. Les valorisations permettent surtout d’estimer le niveau d’optimisme ou de pessimisme déjà intégré dans les prix.

Pourquoi le consensus est-il important ?

Parce que les marchés ne réagissent pas aux faits eux-mêmes, mais à l’écart entre les faits et ce que les investisseurs anticipaient déjà. Plus un scénario est unanimement accepté, plus il devient difficile de surprendre positivement.

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