Pourquoi des milliers de milliards se contentent de 4 %

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Pendant quinze ans, les investisseurs étaient payés pour prendre du risque. Aujourd’hui, ils sont à nouveau payés pour attendre.

Le changement silencieux que la plupart des investisseurs n’ont pas encore compris

Si je vous propose deux placements :

  • le premier rapporte 4 % ;
  • le second rapporte 10 % ;

que choisissez-vous ?

La plupart des investisseurs répondraient immédiatement :

10 %.

La question paraît presque ridicule.

Et pourtant, dans le monde réel, des milliers de milliards de dollars font actuellement le choix inverse.

Les fonds monétaires américains gèrent aujourd’hui près de 7,9 trillions de dollars, soit un niveau historique.

Ce chiffre me fascine.

Pas parce qu’il est élevé.

Mais parce qu’il ne devrait pas exister.

Nous vivons à une époque où :

  • l’intelligence artificielle attire des centaines de milliards ;
  • les marchés américains restent proches de leurs sommets ;
  • les investisseurs parlent de croissance, d’innovation et de technologies.

Et pourtant, une masse gigantesque de capitaux accepte volontairement un rendement modeste.

Pourquoi ?

Je pense que cette question permet de comprendre une grande partie de ce qui se passe actuellement sur les marchés financiers.


Pendant quinze ans, prendre du risque était obligatoire

Pour comprendre ce phénomène, il faut revenir quelques années en arrière.

Après la crise financière de 2008, les banques centrales ont abaissé leurs taux à des niveaux exceptionnels.

Le cash rapportait peu.

Les obligations rapportaient peu.

L’épargne rapportait peu.

Pendant longtemps, l’investisseur prudent était puni.

Pour espérer obtenir un rendement satisfaisant, il fallait accepter davantage de risque.

Actions.

Immobilier.

Capital-investissement.

Technologies.

Peu importait finalement l’actif.

Le message était toujours le même :

si vous voulez gagner quelque chose, vous devez prendre du risque.

Cette période a profondément marqué toute une génération d’investisseurs.


Pourquoi les marchés montaient malgré l’inflation

Dans un précédent article :

je m’interrogeais sur un paradoxe.

Pourquoi les marchés montent-ils alors que l’inflation reste élevée ?

La réponse était relativement simple.

Les marchés ne regardent jamais une variable isolément.

Ils regardent toujours les alternatives.

Si le cash rapporte peu.

Si les obligations rapportent peu.

Si les placements sûrs rapportent peu.

Alors les actions restent attractives.

Même lorsque l’environnement économique paraît difficile.

Aujourd’hui, je pense que cette réflexion est encore plus pertinente.

Car les alternatives ont changé.


La pénurie mondiale de dollars racontait déjà la même histoire

Dans cet article :

j’expliquais pourquoi le monde semblait toujours manquer de dollars malgré les politiques monétaires massives.

Avec le recul, je pense que le sujet n’était pas uniquement le dollar.

Le sujet était la sécurité.

Le dollar reste la principale devise de réserve mondiale.

La principale devise de financement.

La principale devise du commerce international.

Lorsque l’incertitude augmente, les investisseurs recherchent naturellement les actifs les plus sûrs libellés en dollars.

Autrement dit :

la demande de sécurité reste immense.


L’or n’a peut-être jamais été le vrai sujet

Dans cet article :

je me demandais pourquoi l’or ne réagissait pas toujours comme les investisseurs l’attendaient.

La plupart des analyses se concentraient sur l’or lui-même.

Je pense aujourd’hui que la question était plus large.

L’or n’est qu’une forme de sécurité parmi d’autres.

Pendant longtemps, il bénéficiait d’un avantage considérable :

la sécurité alternative ne rapportait rien.

Aujourd’hui, cet avantage a diminué.

Les investisseurs peuvent conserver des actifs extrêmement liquides tout en obtenant un rendement positif.

L’or n’est pas devenu moins intéressant.

Il a retrouvé de la concurrence.


Même l’intelligence artificielle dépend du prix du temps

À première vue, mon article consacré au cuivre et à l’intelligence artificielle semble totalement différent :

Pourtant, il raconte exactement la même histoire.

L’intelligence artificielle nécessite :

  • des centres de données ;
  • des réseaux électriques ;
  • des infrastructures ;
  • du capital.

Beaucoup de capital.

Or le capital a retrouvé un prix.

Lorsque les investisseurs peuvent obtenir un rendement acceptable sur des placements sûrs, ils deviennent plus exigeants concernant les promesses de croissance future.

Même l’intelligence artificielle n’échappe pas à cette règle.


L’article le plus important était peut-être celui sur les taux

Lorsque j’ai écrit :

je pensais principalement à l’allocation d’actifs.

Avec le recul, je pense que l’enjeu est beaucoup plus vaste.

Les taux d’intérêt ne sont pas simplement un paramètre financier.

Ils déterminent :

  • le prix du temps ;
  • le prix du risque ;
  • le prix de l’attente.

Pendant quinze ans, attendre ne rapportait presque rien.

Aujourd’hui, attendre rapporte de nouveau.

Cette différence paraît technique.

Elle ne l’est pas.


Et si ces investisseurs avaient raison ?

La plupart des commentateurs considèrent les fonds monétaires comme de l’argent en attente.

Une réserve prête à revenir sur les marchés.

Peut-être.

Mais une autre hypothèse mérite d’être envisagée.

Et si cet argent n’attendait rien ?

Et si ces investisseurs considéraient simplement que le rapport rendement / risque a profondément changé ?

Après tout :

pourquoi prendre davantage de risque lorsqu’il devient possible d’obtenir un rendement raisonnable tout en conservant une liquidité presque parfaite ?

Cette question me paraît beaucoup plus importante que la plupart des débats quotidiens sur les marchés.


Le retour du prix du temps

En relisant mes derniers articles, je réalise qu’ils racontaient tous la même histoire.

Je pensais écrire sur :

  • l’inflation ;
  • le dollar ;
  • l’or ;
  • les taux ;
  • l’intelligence artificielle.

En réalité, je pense aujourd’hui qu’ils parlaient tous du temps.

Pendant plus d’une décennie, le temps ne valait presque rien.

Attendre était pénalisé.

Être prudent était pénalisé.

Conserver de la liquidité était pénalisé.

Cette période était exceptionnelle.

Aujourd’hui, le temps a retrouvé un prix.

Et lorsqu’un investisseur peut être payé pour attendre, l’ensemble des marchés financiers doit se réadapter.

Peut-être est-ce là le changement le plus important de cette décennie.

Un changement discret.

Peu spectaculaire.

Mais probablement beaucoup plus profond que la plupart des tendances qui occupent actuellement les gros titres.

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