
Le scénario oublié qui pourrait propulser l’USD
Depuis plusieurs années, le consensus semble établi.
Le dollar américain serait condamné à s’affaiblir.
La dette fédérale explose, les déficits budgétaires atteignent des niveaux records, les banques centrales achètent de l’or et de nombreux pays affichent leur volonté de réduire leur dépendance au billet vert.
À première vue, la conclusion paraît évidente : l’avenir appartiendrait à un monde moins dépendant du dollar.
Pourtant, les marchés ont une particularité.
Ils ne surprennent pas lorsque le scénario attendu se réalise.
Ils surprennent lorsqu’ils s’en éloignent.
Et si le risque aujourd’hui n’était pas un effondrement du dollar, mais au contraire une hausse significative de sa valeur ?
Je ne prétends pas que ce scénario va se produire.
Mais il me semble suffisamment crédible pour mériter d’être étudié.
Lorsque tout le monde pense la même chose
Les investisseurs aiment les certitudes.
Aujourd’hui, les arguments contre le dollar sont connus :
- Dette publique américaine record.
- Déficits budgétaires massifs.
- Développement des échanges internationaux hors dollar.
- Achats d’or par les banques centrales.
- Crainte d’une perte d’influence des États-Unis.
Tous ces éléments sont réels.
Mais une question mérite d’être posée :
Combien de ces mauvaises nouvelles sont déjà intégrées dans les prix ?
L’histoire financière montre que les plus grandes surprises apparaissent souvent lorsque le consensus devient excessivement dominant.
Non pas parce que le consensus est forcément faux.
Mais parce qu’il ne laisse plus beaucoup de place aux surprises positives.
Les États-Unis sont-ils en train de préparer leur retour industriel ?
Depuis plusieurs années, Washington multiplie les initiatives visant à renforcer la production nationale.
Tarifs douaniers, soutien aux industries stratégiques, semi-conducteurs, intelligence artificielle, infrastructures énergétiques…
L’objectif est clair : attirer davantage d’investissements et réduire certaines dépendances extérieures.
Les marchés restent divisés sur les chances de succès de cette stratégie.
Mais pour un investisseur, la vraie question n’est pas de savoir si elle réussira parfaitement.
La vraie question est :
Et si elle fonctionnait simplement mieux que prévu ?
Une amélioration modeste pourrait déjà suffire à attirer davantage de capitaux vers les États-Unis.
Et davantage de capitaux signifie généralement davantage de demande pour le dollar.
L’énergie : le facteur que beaucoup sous-estiment
Pendant longtemps, les États-Unis ont été perçus comme un grand consommateur d’énergie.
Aujourd’hui, ils sont devenus une puissance énergétique mondiale.
En 2016, les exportations américaines de gaz naturel liquéfié (LNG) représentaient seulement 0,5 milliard de pieds cubes par jour.
En 2025, elles atteignaient 15 milliards de pieds cubes par jour.
Les projections officielles envisagent plus de 18 milliards de pieds cubes par jour en 2027.
En moins de dix ans, les États-Unis sont ainsi devenus le premier exportateur mondial de LNG.
Cette transformation est considérable.
Elle signifie que les États-Unis ne sont plus seulement une puissance financière ou technologique.
Ils sont également devenus une puissance énergétique majeure.
Le facteur Ormuz
Le détroit d’Ormuz demeure l’un des points de passage les plus stratégiques du commerce énergétique mondial.
Une perturbation durable de cette zone pourrait provoquer :
- une hausse des prix de l’énergie ;
- une recherche de fournisseurs alternatifs ;
- une augmentation de la demande pour l’énergie américaine.
Si les tensions géopolitiques devaient s’intensifier, les États-Unis pourraient se retrouver dans une position encore plus centrale dans l’approvisionnement énergétique mondial.
Or une grande partie de ces échanges continue d’être réalisée en dollars.
Cela signifierait davantage de flux commerciaux libellés en dollars.
Et donc davantage de demande potentielle pour la devise américaine.
Le scénario que presque personne n’évoque : une pénurie mondiale de dollars
C’est probablement ici que l’histoire devient la plus intéressante.
Imaginons le scénario suivant :
- tensions géopolitiques ;
- hausse des prix de l’énergie ;
- ralentissement économique mondial ;
- augmentation de l’aversion au risque.
Que font généralement les investisseurs dans ce contexte ?
Ils recherchent les actifs considérés comme les plus sûrs du monde.
Les obligations du Trésor américain.
Pour acheter ces obligations, il faut acheter des dollars.
Le résultat est simple :
une augmentation de la demande mondiale de dollars.
Les Treasuries retirent-ils des dollars du système ?
Pas exactement.
Lorsque quelqu’un achète une obligation américaine, les dollars ne disparaissent pas.
Ils changent simplement de propriétaire.
La masse monétaire n’est donc pas réduite.
En revanche, une partie croissante de l’épargne mondiale peut se retrouver immobilisée dans des actifs américains considérés comme sûrs.
Ce phénomène peut réduire la liquidité disponible dans certaines parties du système financier mondial.
Autrement dit :
ce n’est pas une pénurie absolue de dollars.
C’est une pénurie relative de dollars là où ils sont nécessaires.
Cette distinction est essentielle.
Le maillon faible : les pays émergents
Une grande partie de la dette mondiale reste libellée en dollars.
De nombreux pays doivent également utiliser des dollars pour financer leurs importations d’énergie et de matières premières.
Que se passe-t-il lorsque le dollar monte fortement ?
Les remboursements deviennent plus coûteux.
Les importations deviennent plus coûteuses.
Les besoins en dollars augmentent.
Un cercle potentiellement autoentretenu peut alors apparaître :
- Le dollar monte.
- Les acteurs ont besoin de davantage de dollars.
- Ils achètent des dollars.
- Le dollar monte davantage.
Les économistes appellent parfois ce phénomène un « dollar squeeze ».
L’histoire montre que ce type de mécanisme peut provoquer des tensions importantes dans certaines économies fortement dépendantes du financement en dollars.
La Fed pourrait amplifier le phénomène
Un autre facteur mérite d’être surveillé.
L’inflation américaine s’est révélée plus persistante que beaucoup ne l’anticipaient.
Si la Réserve fédérale maintenait des taux élevés plus longtemps que prévu, les obligations américaines resteraient particulièrement attractives pour les investisseurs internationaux.
Davantage de capitaux pourraient alors se diriger vers les États-Unis.
Et donc vers le dollar.
Un tel scénario renforcerait encore la demande mondiale pour la devise américaine.
L’or et le dollar pourraient-ils monter ensemble ?
Le consensus considère généralement que l’or et le dollar évoluent en sens inverse.
Pourtant, certaines périodes de stress financier ont montré que les deux actifs pouvaient progresser simultanément.
Pourquoi ?
Parce qu’ils répondent parfois au même besoin : la recherche de sécurité.
Dans un environnement marqué par :
- des tensions géopolitiques ;
- des risques énergétiques ;
- un ralentissement économique mondial ;
- une forte aversion au risque ;
l’or et le dollar pourraient tous deux bénéficier d’un regain d’intérêt.
Ce ne serait pas la situation la plus fréquente.
Mais ce ne serait pas non plus la première fois dans l’histoire financière.
Et si le marché se trompait complètement ?
Le consensus actuel repose sur l’idée que le dollar est voué à s’affaiblir.
Mais les marchés réservent rarement leurs plus grandes surprises aux scénarios les plus populaires.
Un monde marqué par :
- des tensions énergétiques ;
- une demande accrue pour les exportations américaines ;
- des achats massifs d’obligations américaines ;
- une recherche mondiale de sécurité financière ;
- une demande croissante de dollars par les pays émergents ;
pourrait au contraire créer les conditions d’un dollar beaucoup plus fort que prévu.
Encore une fois, je ne prétends pas que ce scénario va se produire.
Je pense simplement qu’il est probablement moins improbable que ne le croit le consensus actuel.
Conclusion
La plupart des investisseurs se demandent aujourd’hui quand le dollar va baisser.
Peu se demandent ce qui pourrait le faire monter fortement.
Pourtant, l’histoire des marchés nous enseigne une leçon simple :
les risques les plus importants sont souvent ceux dont personne ne parle.
Et si le prochain choc financier mondial n’était pas une surabondance de dollars…
Mais leur rareté ?
Sources et données utilisées
- U.S. Energy Information Administration (EIA) – Évolution des exportations américaines de LNG.
- Bank for International Settlements (BIS) – Travaux sur les pénuries de financement en dollars.
- Financial Stability Board (FSB) – Vulnérabilités liées au financement en dollars des pays émergents.
- U.S. Treasury et Réserve fédérale américaine.

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