Sommes-nous entrés dans un nouveau supercycle des matières premières ?

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L’économie numérique reste profondément ancrée dans le monde physique. Intelligence artificielle, transition énergétique, électrification, agriculture et réindustrialisation reposent toutes sur une même réalité : davantage d’énergie, de matières premières et d’infrastructures.

Pendant des années, les investisseurs ont cru que le monde était entré dans une économie numérique où les ressources physiques comptaient moins que les logiciels, les algorithmes et la propriété intellectuelle.

L’intelligence artificielle fonctionne dans le cloud. Les marchés financiers sont de plus en plus automatisés. Les services représentent une part croissante du PIB dans les économies développées.

Il serait tentant d’en conclure que les matières premières sont devenues moins importantes.

Pourtant, l’inverse pourrait bien être vrai.

Chaque modèle d’intelligence artificielle dépend de centres de données extrêmement gourmands en énergie. Chaque véhicule électrique nécessite nettement plus de cuivre qu’une voiture thermique. Chaque éolienne, chaque parc solaire et chaque réseau électrique reposent sur l’acier, l’aluminium et de nombreux minéraux critiques.

Même le cloud computing dépend finalement du béton, des centrales électriques, de l’eau et de l’exploitation minière.

L’économie numérique reste profondément ancrée dans le monde physique.

Cela soulève une question essentielle pour les investisseurs de long terme :

Entrons-nous dans un nouveau supercycle des matières premières ?

La réponse est loin d’être évidente.

Les marchés des matières premières ont toujours été cycliques et l’histoire est remplie de prédictions de pénuries permanentes qui ne se sont jamais réalisées. L’ingéniosité humaine, les innovations technologiques, les substitutions de matériaux et les nouvelles découvertes ont régulièrement surpris les observateurs les plus pessimistes.

Pourtant, le contexte actuel paraît différent.

Plusieurs tendances structurelles se développent simultanément :

  • la transition énergétique ;
  • l’intelligence artificielle ;
  • l’électrification ;
  • la réindustrialisation ;
  • la fragmentation géopolitique ;
  • l’augmentation des dépenses de défense.

Individuellement, chacune de ces tendances accroît la demande de ressources naturelles.

Ensemble, elles pourraient provoquer l’un des plus importants chocs de demande observés depuis plusieurs décennies.

La véritable question est donc moins de savoir si les ressources existent encore, que de déterminer si l’offre pourra augmenter suffisamment vite pour répondre à cette nouvelle demande.


Qu’est-ce qu’un supercycle des matières premières ?

Les prix des matières premières évoluent naturellement par cycles.

Lorsque l’économie mondiale accélère, la demande augmente, les stocks diminuent et les prix montent. Les producteurs investissent alors dans de nouvelles capacités de production. Après quelques années, l’offre finit par rattraper la demande et les prix se normalisent.

C’est le fonctionnement classique d’un cycle des matières premières.

Un supercycle est différent.

Au lieu de durer quelques années, il peut s’étendre sur une ou plusieurs décennies, car la demande structurelle dépasse durablement la capacité de l’offre à s’ajuster.

L’histoire offre plusieurs exemples.

L’industrialisation des États-Unis à la fin du XIXᵉ siècle a provoqué une explosion de la demande de charbon, d’acier et de cuivre.

Après la Seconde Guerre mondiale, la reconstruction de l’Europe et du Japon a profondément transformé les marchés des matières premières.

Plus récemment, l’urbanisation spectaculaire de la Chine entre 2000 et 2014 a entraîné un boom historique du minerai de fer, du cuivre, du ciment et de l’énergie.

Ces épisodes n’étaient pas le résultat d’une simple spéculation.

Ils reflétaient des transformations économiques majeures qui ont durablement modifié la demande mondiale.

La question est donc de savoir si une transformation comparable est aujourd’hui en cours.


Pourquoi parle-t-on à nouveau d’un supercycle des matières premières ?

Plusieurs tendances structurelles expliquent pourquoi ce débat est revenu au premier plan.

1. La transition énergétique

La transition vers une énergie plus propre nécessite des quantités considérables d’infrastructures physiques.

  • parcs solaires ;
  • éoliennes ;
  • batteries ;
  • lignes à haute tension ;
  • bornes de recharge pour véhicules électriques.

Toutes ces infrastructures consomment d’importantes quantités de cuivre, d’aluminium, de nickel, de lithium et d’autres minéraux critiques.

Paradoxalement, construire une économie plus verte nécessite, dans un premier temps, davantage de matières premières que les infrastructures reposant sur les énergies fossiles.

La transition énergétique augmente donc la demande de matières premières bien avant de réduire la consommation de pétrole ou de gaz.


2. L’intelligence artificielle

L’intelligence artificielle est souvent présentée comme une révolution logicielle.

En réalité, elle constitue également l’un des plus grands projets d’infrastructures de notre époque.

L’entraînement et le fonctionnement des modèles d’IA nécessitent :

  • d’immenses centres de données ;
  • des semi-conducteurs très performants ;
  • des systèmes de refroidissement sophistiqués ;
  • des réseaux électriques fiables ;
  • des capacités de production électrique supplémentaires.

La consommation d’électricité des centres de données devrait fortement augmenter au cours des prochaines années.

Cela implique davantage de lignes électriques, de transformateurs, de sous-stations et donc davantage de métaux industriels.

Comme nous l’expliquons dans notre article Pourquoi le cuivre pourrait devenir l’un des métaux les plus stratégiques de l’ère de l’intelligence artificielle, le cuivre reste aujourd’hui l’un des meilleurs indicateurs de cette transformation technologique.

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3. L’électrification

Au-delà de l’intelligence artificielle, l’ensemble de l’économie mondiale s’électrifie progressivement.

Cela concerne notamment :

  • les véhicules électriques ;
  • les pompes à chaleur ;
  • l’automatisation industrielle ;
  • les batteries ;
  • le transport ferroviaire.

Toutes ces technologies nécessitent davantage d’électricité ainsi que des réseaux électriques plus puissants.

La demande de cuivre progresse donc non seulement grâce aux énergies renouvelables, mais également parce que l’électricité devient progressivement la principale source d’énergie de nombreux secteurs économiques.


4. La réindustrialisation

De nombreuses économies développées cherchent désormais à reconstruire une partie de leurs capacités industrielles.

Cela concerne notamment :

  • les semi-conducteurs ;
  • les batteries ;
  • les industries stratégiques ;
  • les chaînes d’approvisionnement critiques.

Les gouvernements privilégient de plus en plus la résilience plutôt que la seule réduction des coûts.

La mondialisation ne disparaît pas, mais les chaînes d’approvisionnement deviennent plus régionales et plus diversifiées.

Construire des capacités industrielles supplémentaires implique davantage de béton, d’acier, de cuivre et d’équipements industriels.


5. La fragmentation géopolitique

Les marchés des matières premières ne sont plus uniquement gouvernés par l’économie.

La sécurité nationale occupe désormais une place croissante.

Les États cherchent à sécuriser leurs approvisionnements en :

  • minéraux critiques ;
  • terres rares ;
  • uranium ;
  • ressources énergétiques stratégiques.

Diversifier les fournisseurs améliore la résilience, mais augmente souvent les coûts et ralentit les investissements.


6. Le renouvellement des infrastructures

De nombreux pays développés doivent désormais moderniser des infrastructures vieillissantes :

  • réseaux électriques ;
  • réseaux d’eau ;
  • chemins de fer ;
  • ports ;
  • ponts.

Dans le même temps, les économies émergentes poursuivent leur urbanisation et continuent de construire leurs propres infrastructures.

Cette double dynamique crée une demande simultanée dans les économies développées comme dans les pays émergents.

La véritable contrainte n’est pas la rareté des ressources, mais le temps

De nombreux débats autour des matières premières se concentrent sur une question : allons-nous manquer de cuivre, de lithium ou de nickel ?

Ce n’est peut-être pas la bonne façon de voir les choses.

La Terre ne manque pas soudainement de cuivre.

Ni de lithium.

Ni de nickel.

La véritable contrainte est le temps.

Développer une nouvelle mine demande souvent plus de dix ans.

Les études environnementales et les autorisations administratives peuvent prendre plusieurs années.

Construire les installations de traitement représente des investissements de plusieurs milliards d’euros.

Les lignes électriques, les ports, les chemins de fer et les réseaux de transport ne peuvent pas être développés du jour au lendemain.

Pendant ce temps, la demande peut évoluer beaucoup plus rapidement.

L’adoption de l’intelligence artificielle peut exploser en quelques mois.

Les gouvernements peuvent lancer des plans d’investissement massifs quasiment immédiatement.

Les politiques d’électrification peuvent modifier rapidement les habitudes de consommation.

L’offre, elle, réagit rarement à cette vitesse.

C’est souvent ce décalage qui provoque les tensions sur les marchés des matières premières.

Les supercycles ne naissent donc pas parce que les ressources disparaissent, mais parce que la capacité à augmenter l’offre progresse plus lentement que la demande structurelle.

Cette nuance est essentielle.

Les marchés financiers sous-estiment souvent le temps nécessaire pour adapter les infrastructures physiques.

Les logiciels peuvent être déployés presque instantanément.

Les infrastructures, elles, nécessitent parfois une décennie.


Les six contraintes physiques qui pourraient façonner le prochain supercycle des matières premières

Les matières premières sont souvent analysées sous l’angle de l’offre et de la demande.

Cette approche reste utile, mais elle simplifie parfois excessivement la réalité.

Le véritable défi ne consiste pas uniquement à disposer des ressources dans le sous-sol.

Il faut également être capable de les extraire, de les transformer, de les transporter et de les utiliser.

Une économie moderne repose sur un ensemble de contraintes physiques interconnectées.

Si l’une d’elles devient un goulot d’étranglement, l’ensemble du système ralentit.


1. L’énergie : toute transition commence par davantage d’énergie

L’un des grands paradoxes de la transition énergétique est qu’il faut d’abord consommer davantage d’énergie pour construire une économie bas carbone.

Extraire de nouveaux métaux consomme de l’énergie.

Les raffiner également.

Produire des batteries, des panneaux solaires ou des éoliennes nécessite énormément d’énergie.

Construire des centres de données pour l’intelligence artificielle aussi.

Même réduire notre dépendance aux combustibles fossiles implique d’en utiliser une quantité importante pendant la phase de construction des nouvelles infrastructures.

Historiquement, chaque grande transformation économique s’est accompagnée d’une hausse de la consommation énergétique.

Rien n’indique aujourd’hui que cette fois sera fondamentalement différente.

Le défi consiste donc non seulement à produire une électricité plus propre, mais surtout à produire suffisamment d’électricité tout en modernisant des réseaux parfois vieillissants.


2. Les métaux : le cuivre n’est probablement que le début

Le cuivre est devenu le symbole de la transition énergétique grâce à son excellente conductivité électrique.

Les véhicules électriques utilisent beaucoup plus de cuivre que les véhicules thermiques.

Les énergies renouvelables nécessitent d’importants réseaux de câblage.

Les centres de données exigent d’immenses quantités d’équipements électriques et de systèmes de refroidissement.

Le développement des réseaux électriques représentera à lui seul une consommation considérable de métaux industriels au cours des prochaines décennies.

Mais le cuivre n’est qu’une partie de l’histoire.

La demande augmente également pour :

  • l’aluminium ;
  • le nickel ;
  • le lithium ;
  • le graphite ;
  • les terres rares ;
  • l’argent.

Chaque matière première présente ses propres contraintes d’approvisionnement, ses risques géopolitiques et ses difficultés d’autorisation.

Comme nous l’expliquons dans notre article consacré au cuivre et à l’intelligence artificielle, l’intérêt du cuivre ne réside pas uniquement dans l’évolution potentielle de son prix.

Il constitue également un excellent indicateur avancé des transformations industrielles en cours.

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3. L’eau : la contrainte souvent oubliée

Lorsqu’on évoque les matières premières, les investisseurs pensent immédiatement aux métaux ou au pétrole.

Beaucoup plus rarement à l’eau.

Pourtant, presque toutes les activités industrielles dépendent d’un accès fiable à cette ressource.

L’exploitation minière en consomme d’importantes quantités.

La fabrication des semi-conducteurs nécessite une eau extrêmement pure.

Les centrales électriques utilisent d’importants systèmes de refroidissement.

L’agriculture demeure de loin le premier consommateur mondial d’eau douce.

Le changement climatique, la croissance démographique et l’augmentation de la demande industrielle exercent une pression croissante sur cette ressource.

Contrairement au pétrole ou au cuivre, l’eau ne peut pas facilement être transportée sur de longues distances.

Les pénuries restent donc principalement locales… mais leurs conséquences économiques le sont également.

Au cours des prochaines décennies, la gestion de l’eau pourrait devenir presque aussi stratégique que la sécurité énergétique.


4. Les infrastructures : le goulot d’étranglement invisible

Découvrir un nouveau gisement n’est que la première étape.

Encore faut-il pouvoir transporter, transformer puis livrer cette ressource.

Une nouvelle mine de cuivre ne vaut presque rien sans :

  • des routes ;
  • des chemins de fer ;
  • des ports ;
  • des lignes électriques ;
  • des usines de traitement.

Toutes ces infrastructures nécessitent souvent plusieurs années de construction.

Dans les pays développés, une partie importante des investissements servira d’ailleurs simplement à remplacer des infrastructures vieillissantes.

Les infrastructures pourraient ainsi devenir elles-mêmes l’une des principales limites de la croissance future.


5. La main-d’œuvre qualifiée

Les grands projets industriels reposent sur des compétences extrêmement spécialisées.

Ils nécessitent notamment :

  • des ingénieurs miniers ;
  • des géologues ;
  • des ingénieurs électriciens ;
  • des spécialistes haute tension ;
  • des experts de la construction industrielle.

De nombreux pays connaissent déjà des pénuries dans ces métiers.

Former de nouveaux professionnels prend plusieurs années.

L’expérience ne s’improvise pas.

Même lorsque les capitaux sont disponibles, un projet peut être retardé faute de personnel suffisamment qualifié.

Cette contrainte humaine est souvent moins médiatisée que l’évolution des prix des matières premières.

Elle pourrait pourtant devenir tout aussi déterminante.


6. Le capital

Les précédents cycles des matières premières ont laissé des souvenirs douloureux aux producteurs.

Après les périodes d’euphorie sont souvent venues les phases de surinvestissement, puis les fortes baisses de prix.

Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises minières adoptent une approche plus disciplinée.

Plutôt que de financer agressivement de nouveaux projets, elles privilégient davantage :

  • les dividendes ;
  • les rachats d’actions ;
  • le renforcement de leur bilan ;
  • la création de valeur pour les actionnaires.

Cette discipline financière est généralement une bonne nouvelle pour les investisseurs.

Elle pourrait toutefois limiter la croissance future de l’offre.

Les producteurs exigent désormais des conditions économiques beaucoup plus favorables avant d’engager plusieurs milliards d’euros dans une nouvelle mine.

Ironiquement, cette prudence pourrait contribuer à maintenir les tensions sur les marchés des matières premières.

À long terme, les entreprises capables d’allouer efficacement leur capital et d’augmenter régulièrement leurs distributions sont souvent celles qui créent le plus de valeur pour leurs actionnaires.

👉 Pour approfondir ce sujet :

Croissance des dividendes : pourquoi elle compte souvent davantage que le rendement initial

Pourquoi l’innovation reste le principal contre-argument

Une thèse crédible sur un éventuel supercycle des matières premières doit également reconnaître l’argument le plus solide contre elle.

L’innovation humaine a toujours permis de résoudre des problèmes de ressources qui semblaient insurmontables.

L’histoire en fournit de nombreux exemples.

La Révolution verte a considérablement augmenté la production agricole.

La fracturation hydraulique a profondément transformé les marchés mondiaux de l’énergie.

Les progrès des techniques d’exploration ont permis de découvrir de nouveaux gisements.

Le recyclage continue de gagner en efficacité.

De nouvelles technologies de batteries réduisent progressivement la dépendance à certains métaux.

La substitution permet régulièrement de remplacer des matériaux rares par des alternatives plus abondantes.

Les marchés eux-mêmes s’adaptent.

Lorsque les prix montent durablement :

  • les investissements augmentent ;
  • de nouvelles mines ouvrent ;
  • des gisements auparavant non rentables deviennent exploitables ;
  • des innovations apparaissent souvent là où on ne les attendait pas.

C’est précisément pour cette raison que les prévisions de pénuries permanentes se sont presque toujours révélées exagérées.


L’innovation ne supprime pas les contraintes… elle les déplace

L’innovation ne fait pas disparaître les contraintes physiques.

Elle les transforme.

Les véhicules électriques réduisent la consommation de pétrole, mais augmentent fortement celle de cuivre.

L’intelligence artificielle améliore la productivité, tout en faisant exploser les besoins en électricité.

Des semi-conducteurs plus performants réduisent la consommation énergétique de chaque calcul, mais le volume total de calculs augmente encore plus rapidement.

Les économistes parlent ici du paradoxe de Jevons : lorsqu’une technologie devient plus efficace, son utilisation augmente souvent davantage, ce qui peut finalement conduire à une consommation totale plus élevée.

Pour les investisseurs, cette distinction est essentielle.

L’innovation n’est donc pas forcément défavorable aux matières premières.

Dans de nombreux cas, elle modifie simplement les matières premières qui deviennent stratégiques.


Pourquoi cette thèse pourrait être fausse

Aucune thèse d’investissement ne mérite d’être suivie si ses faiblesses ne sont pas clairement identifiées.

Plusieurs facteurs pourraient empêcher l’apparition d’un véritable supercycle des matières premières.

Une récession mondiale durable

Une croissance économique faible réduirait la demande industrielle et retarderait les investissements.


Des progrès technologiques plus rapides que prévu

Des avancées majeures dans le recyclage, les batteries ou la substitution de matériaux pourraient réduire les tensions sur l’offre.


Un ralentissement durable de la Chine

La Chine reste aujourd’hui le premier consommateur mondial de nombreuses matières premières industrielles.

Une baisse durable de son activité pèserait fortement sur la demande mondiale.


Une augmentation plus rapide de l’offre

Les gouvernements pourraient accélérer les procédures d’autorisation et faciliter les investissements miniers.

L’offre pourrait alors rattraper la demande beaucoup plus rapidement que prévu.


La destruction de la demande

Lorsque les prix deviennent trop élevés, les consommateurs adaptent naturellement leurs comportements.

Ils réduisent leur consommation.

Ils recherchent des substituts.

Ils investissent dans des solutions plus efficaces.

Les marchés finissent toujours par s’ajuster.

Pour cette raison, un supercycle des matières premières ne doit jamais être considéré comme une certitude.

Il s’agit d’un scénario crédible.

Pas d’une garantie.


Que doivent surveiller les investisseurs ?

Si un nouveau supercycle devait réellement se développer, les investisseurs auraient intérêt à regarder au-delà des simples prix des matières premières.

L’histoire montre que les prix constituent souvent un indicateur tardif.

Les signaux les plus intéressants apparaissent généralement bien avant.


1. Les dépenses d’investissement

Les grandes compagnies minières augmentent-elles leurs investissements ?

Des années de sous-investissement peuvent préparer les pénuries de demain.

À l’inverse, une forte augmentation des dépenses peut signaler que l’offre commence déjà à répondre.


2. La demande mondiale d’électricité

L’électricité devient probablement l’un des meilleurs indicateurs des transformations économiques en cours.

L’intelligence artificielle.

L’électrification.

Les batteries.

L’automatisation industrielle.

Toutes ces tendances reposent sur une consommation croissante d’électricité.

La demande électrique pourrait ainsi devenir un indicateur avancé encore plus pertinent que le PIB.


3. Les investissements dans les réseaux électriques

Produire davantage d’électricité ne suffit pas.

Encore faut-il pouvoir l’acheminer.

Les lignes à haute tension.

Les transformateurs.

Les sous-stations.

Les investissements dans les réseaux pourraient devenir tout aussi importants que les investissements dans la production d’énergie.


4. Le stress hydrique

L’eau n’est plus uniquement un enjeu environnemental.

Elle devient également un enjeu économique.

Les régions souffrant de pénuries chroniques pourraient rencontrer davantage de difficultés pour développer :

  • l’exploitation minière ;
  • la fabrication de semi-conducteurs ;
  • l’agriculture ;
  • la production d’électricité.

La disponibilité de l’eau pourrait progressivement influencer le choix des futures implantations industrielles.


5. Les politiques gouvernementales

Les autorisations administratives.

Les réglementations environnementales.

La politique industrielle.

Les décisions publiques joueront probablement un rôle croissant.

Les gouvernements peuvent accélérer… ou retarder… les grands projets industriels.

Leur influence pourrait devenir aussi importante que les découvertes géologiques elles-mêmes.


6. Les gains de productivité

La plus grande inconnue reste l’innovation.

Si l’intelligence artificielle améliore fortement la productivité mondiale, la croissance économique pourrait finalement nécessiter moins de ressources physiques que prévu.

Les investisseurs devront donc suivre non seulement la demande de matières premières, mais également la vitesse du progrès technologique.


Quelles conséquences pour les investisseurs ?

Même si un nouveau supercycle des matières premières devait se produire, cela ne signifie pas qu’il faudrait acheter indistinctement toutes les sociétés minières.

L’histoire montre que les producteurs de matières premières restent des entreprises très cycliques.

Leurs bénéfices fluctuent fortement.

Leurs investissements sont considérables.

Leurs résultats dépendent souvent davantage des prix des matières premières que de leurs propres décisions.

Une approche plus pertinente consiste souvent à raisonner en écosystèmes plutôt qu’en matières premières individuelles.

Par exemple :

  • le cuivre bénéficie de l’électrification ;
  • les réseaux électriques bénéficient de la hausse de la demande de cuivre ;
  • les sociétés d’ingénierie profitent du développement des infrastructures ;
  • les entreprises d’automatisation industrielle bénéficient de l’augmentation des besoins en électricité ;
  • les investissements dans les infrastructures soutiennent simultanément de nombreux secteurs.

Regarder au-delà des seuls producteurs de matières premières permet parfois d’identifier des entreprises disposant de flux de trésorerie plus réguliers et d’avantages concurrentiels plus durables.

De la même manière, dans un portefeuille orienté revenus, les entreprises capables d’augmenter régulièrement leurs dividendes créent souvent davantage de valeur à long terme que celles offrant simplement un rendement très élevé.

👉 À lire également :

Pourquoi la croissance des dividendes compte souvent davantage que leur rendement

Cette logique illustre une idée plus générale : ce ne sont pas toujours les actifs les plus spectaculaires qui offrent les meilleurs résultats sur le long terme, mais souvent ceux dont la création de valeur progresse de manière régulière et prévisible.

Les taux d’intérêt restent un facteur déterminant

Les cycles des matières premières n’évoluent jamais de manière isolée.

Les taux d’intérêt influencent directement les décisions d’investissement dans l’ensemble de l’économie.

Des taux élevés augmentent le coût de financement des nouvelles mines, des usines, des infrastructures et des réseaux électriques.

À l’inverse, des taux plus faibles favorisent l’investissement et soutiennent généralement la demande.

Comprendre l’évolution de la politique monétaire reste donc indispensable pour analyser les perspectives à long terme des matières premières.

👉 Pour approfondir ce sujet :

Les taux d’intérêt resteront-ils durablement élevés ?


Les marchés anticipent l’avenir, pas les gros titres

L’une des erreurs les plus fréquentes consiste à croire qu’une tendance évidente garantit automatiquement de bonnes performances boursières.

En réalité, les marchés financiers anticipent en permanence les événements futurs.

Si tous les investisseurs s’attendent déjà à une forte hausse de la demande de cuivre, une grande partie de cette anticipation est probablement déjà intégrée dans les cours.

Comme nous l’expliquons dans notre article consacré aux marchés financiers, les performances dépendent davantage des surprises que des événements eux-mêmes.

👉 À lire également :

Pourquoi les marchés montent malgré l’inflation

Cette idée est essentielle.

Une excellente nouvelle économique ne provoque pas forcément une hausse des marchés.

Inversement, une mauvaise nouvelle largement anticipée peut déjà être intégrée dans les prix.

Les investisseurs ne rémunèrent pas les faits.

Ils rémunèrent les écarts entre la réalité… et les attentes.


Construire un portefeuille reste plus important que prédire le prochain cycle

Même si un nouveau supercycle des matières premières devait se matérialiser, il créerait autant d’opportunités que de risques.

Les prix des matières premières restent cycliques.

Les sociétés minières demeurent fortement dépendantes des investissements.

Les décisions politiques restent imprévisibles.

Plutôt que de chercher à identifier la prochaine matière première gagnante, beaucoup d’investisseurs obtiendront probablement de meilleurs résultats en construisant un portefeuille diversifié capable de profiter de plusieurs tendances de long terme.

L’objectif n’est pas de prévoir parfaitement chaque cycle économique.

L’objectif est de construire un patrimoine suffisamment résilient pour traverser des scénarios très différents.

Cette philosophie constitue d’ailleurs l’un des principes fondamentaux de l’investissement de long terme.


Les rendements sans risque restent une référence essentielle

Avant d’investir dans une entreprise, une matière première ou un ETF, une question mérite toujours d’être posée :

Pourquoi prendre davantage de risque si des obligations d’État offrent déjà un rendement attractif ?

Lorsque les rendements sans risque augmentent, tous les autres investissements doivent justifier la prise de risque supplémentaire.

Ce principe explique en partie les changements de valorisation observés sur les marchés depuis plusieurs années.

👉 À lire également :

Pourquoi les investisseurs acceptent-ils un rendement sans risque de 4 % ?


Les valeurs refuges ne réagissent pas toujours comme on l’imagine

Les matières premières n’évoluent pas seules.

L’or.

Les obligations d’État.

Le dollar américain.

Les autres actifs dits « refuges ».

Tous réagissent différemment selon le contexte économique, l’inflation, les taux d’intérêt ou les anticipations des investisseurs.

Comprendre ces interactions permet d’éviter des conclusions trop simplistes fondées uniquement sur l’évolution des matières premières.

👉 Pour aller plus loin :

Pourquoi l’or baisse malgré les guerres et les tensions géopolitiques ?


Conclusion

Alors, sommes-nous réellement entrés dans un nouveau supercycle des matières premières ?

La réponse la plus honnête est probablement :

Peut-être.

Les forces structurelles actuellement à l’œuvre sont puissantes.

L’intelligence artificielle.

L’électrification.

La transition énergétique.

La réindustrialisation.

Les dépenses militaires.

La fragmentation géopolitique.

Toutes ces tendances soutiennent une demande croissante en énergie, en métaux industriels et en infrastructures.

Dans le même temps, l’offre reste limitée par :

  • les délais d’autorisation ;
  • les infrastructures ;
  • la disponibilité de la main-d’œuvre qualifiée ;
  • les contraintes de financement.

Ces facteurs pourraient soutenir les marchés des matières premières pendant de nombreuses années.

Mais l’histoire nous enseigne également une leçon essentielle.

L’innovation finit presque toujours par modifier les règles du jeu.

Les prix élevés encouragent les investissements.

Les nouvelles technologies améliorent la productivité.

La substitution réduit progressivement la dépendance à certains matériaux.

Les marchés s’adaptent.

Plutôt que de parier sur une pénurie permanente, les investisseurs de long terme ont probablement davantage intérêt à comprendre les interactions entre :

  • la technologie ;
  • les infrastructures ;
  • l’allocation du capital ;
  • l’innovation ;
  • les politiques publiques.

L’avenir ne sera probablement pas déterminé uniquement par la rareté des ressources.

Il dépendra surtout de la capacité des sociétés à surmonter ces contraintes.

Pour les investisseurs, cette distinction pourrait être la plus importante de toutes.


Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un supercycle des matières premières ?

Un supercycle des matières premières est une période exceptionnellement longue — souvent une ou plusieurs décennies — durant laquelle la demande structurelle augmente durablement plus vite que l’offre, soutenant ainsi les prix des matières premières.


Quelles matières premières pourraient le plus en bénéficier ?

Le cuivre, l’aluminium, l’uranium, l’argent, le nickel, le lithium et plusieurs minéraux critiques sont régulièrement cités en raison de leur rôle dans l’électrification, l’intelligence artificielle et la transition énergétique.


La technologie peut-elle empêcher un supercycle ?

Oui.

L’innovation peut améliorer le recyclage, favoriser la substitution de certains matériaux et accroître la productivité.

Cependant, elle déplace souvent la demande vers d’autres ressources au lieu de la faire disparaître complètement.


Est-il préférable d’investir directement dans les matières premières ?

Pas nécessairement.

De nombreux investisseurs préfèrent s’exposer indirectement au travers d’entreprises bénéficiant de ces tendances de long terme, comme les sociétés d’ingénierie, les infrastructures, les réseaux électriques, l’automatisation industrielle ou les entreprises capables d’augmenter régulièrement leurs dividendes.

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