
C’est le moment où tout semble encore calme.
Et si le retour de l’inflation était déjà en train de commencer ?
Depuis plusieurs mois, les marchés racontent une histoire extrêmement rassurante.
L’inflation serait progressivement sous contrôle.
Le pétrole finirait par se détendre.
Les banques centrales pourraient bientôt baisser les taux.
Et l’économie mondiale ralentirait “proprement”, sans véritable casse systémique.
Autrement dit :
le marché croit encore largement au retour progressif à la normale.
Le problème, c’est que plusieurs signaux commencent à raconter exactement l’inverse.
Le pétrole se tend à nouveau.
Les matières premières repartent.
Le dollar rebondit fortement.
Et surtout : le système mondial reste assis sur des niveaux de dette gigantesques.
Or dans un monde aussi endetté, le retour de l’inflation devient un problème beaucoup plus profond qu’une simple hausse temporaire des prix.
Parce qu’à ce stade, la question n’est peut-être plus seulement économique.
Elle devient monétaire.
Le marché pense encore “cycle”
… alors que le problème devient peut-être structurel
Depuis près de 30 ans, les investisseurs ont été habitués au même réflexe :
- ralentissement économique,
- stress sur les marchés,
- intervention des banques centrales,
- baisse des taux,
- retour de la liquidité,
- puis reprise des actifs.
Ce modèle mental a été renforcé après :
- 2000,
- 2008,
- 2020,
- et pratiquement chaque épisode de stress majeur.
Le problème, c’est que le système mondial a profondément changé.
Nous entrons peut-être progressivement dans un monde :
- plus énergétique,
- plus inflationniste,
- plus géopolitique,
- plus fragmenté,
- et beaucoup plus dépendant des matières premières.
Autrement dit :
les marchés continuent peut-être de regarder une crise cyclique avec des outils conçus pour un monde qui n’existe plus.
L’énergie gouverne beaucoup plus l’économie qu’on ne le pense
Pendant des années, le numérique a donné l’impression que l’économie devenait “immatérielle”.
Applications.
Cloud.
IA.
Services.
Finance virtuelle.
Mais derrière chaque couche numérique se cache toujours une réalité physique :
- électricité,
- cuivre,
- acier,
- transport,
- pétrole,
- gaz,
- minerais,
- infrastructures.
Même l’intelligence artificielle dépend :
- d’immenses data centers,
- de semi-conducteurs,
- de réseaux électriques,
- et de métaux stratégiques.
Autrement dit :
le monde moderne reste profondément dépendant de l’énergie et des matières premières.
Et c’est probablement là que beaucoup d’investisseurs sous-estiment le risque actuel.
Parce qu’un système ultra-financiarisé peut absorber beaucoup de choses.
Mais il absorbe beaucoup plus difficilement :
- une énergie plus chère,
- des ressources plus rares,
- et des contraintes physiques réelles.
Pourquoi le parallèle avec les années 70 revient progressivement
Bien sûr, l’histoire ne se répète jamais parfaitement.
Mais certains mécanismes économiques reviennent régulièrement.
Dans les années 70 :
- choc pétrolier,
- inflation persistante,
- tensions géopolitiques,
- monnaies fragilisées,
- et forte volatilité des actifs.
La grande différence aujourd’hui ?
Le niveau de dette mondiale est infiniment plus élevé.
Et c’est probablement ce qui rend la situation potentiellement beaucoup plus instable.
Parce qu’à l’époque, les banques centrales pouvaient monter brutalement les taux pour casser l’inflation.
Aujourd’hui, la question devient beaucoup plus complexe :
jusqu’où le système peut-il réellement supporter des taux élevés avec un tel niveau de dette ?
Pourquoi la masse monétaire pourrait redevenir un sujet majeur
Pendant quelque temps, les marchés ont eu l’impression que la masse monétaire n’avait plus vraiment d’importance.
Pourtant, la M2 reste probablement l’un des indicateurs les plus importants du système financier mondial.
La M2 représente notamment :
- les comptes bancaires,
- les dépôts,
- l’épargne liquide,
- et l’argent facilement mobilisable dans l’économie.
Autrement dit :
c’est une mesure de la quantité de monnaie réellement disponible dans le système.
Pourquoi est-ce important ?
Parce qu’à long terme, lorsqu’il y a :
- davantage de monnaie,
- face à une quantité limitée d’actifs réels,
- la valeur relative de cette monnaie finit souvent par se dégrader.
Mais l’effet n’apparaît pas toujours immédiatement dans les prix à la consommation.
Très souvent, l’excès de liquidité commence par gonfler :
- l’immobilier,
- les actions,
- les actifs spéculatifs,
- les matières premières,
- ou les actifs rares.
Les marchés semblent avoir choisi l’inflation
J’en parlais déjà dans cet article :
Le rebond récent des marchés ressemble en partie :
- à un short squeeze,
- à un repositionnement technique,
- et à un retour temporaire du risk-on.
Mais derrière ce mouvement, quelque chose de plus profond semble apparaître.
Le marché commence peut-être progressivement à comprendre que le système préfère :
- davantage de liquidité,
- davantage de déficits,
- et davantage d’inflation,
- plutôt qu’une vraie purge économique et financière.
Pourquoi ?
Parce que l’alternative serait extrêmement douloureuse :
- récession sévère,
- explosion des défauts,
- crise immobilière,
- destruction massive d’actifs,
- tensions budgétaires,
- et fragilisation du système financier.
Autrement dit :
le marché semble progressivement comprendre qu’il est probablement plus acceptable politiquement de dévaluer lentement la monnaie…
que de laisser le système purger réellement ses excès.
L’IA pourrait devenir la bulle parfaite d’un monde inflationniste
L’intelligence artificielle est probablement une révolution technologique réelle.
Elle transforme déjà :
- le software,
- l’automatisation,
- la productivité,
- la recherche,
- et potentiellement une partie immense de l’économie.
Le problème n’est donc pas forcément la technologie.
Le problème pourrait être :
le pricing financier autour de cette technologie.
Parce que l’IA se situe exactement à l’intersection :
- de l’innovation réelle,
- de la liquidité,
- de la spéculation,
- et des besoins gigantesques en énergie et infrastructures.
Historiquement, lorsqu’une révolution technologique rencontre :
- énormément de liquidité,
- un récit extrêmement puissant,
- et des investisseurs en quête de croissance,
les valorisations peuvent devenir totalement déconnectées du réel.
Internet.
Chemins de fer.
Télécoms.
Électricité.
Toutes ces révolutions étaient réelles.
Et pourtant :
elles ont aussi produit certaines des plus grandes bulles financières de l’histoire.
Le monde de l’argent gratuit touche peut-être à sa fin
J’en parlais déjà dans cet article :
Pendant plus de 10 ans, le système mondial a fonctionné avec :
- des taux artificiellement bas,
- une énergie relativement abondante,
- une inflation faible,
- et une liquidité massive.
Dans ce monde-là :
- presque tous les actifs montaient,
- les valorisations explosaient,
- les erreurs étaient pardonnées,
- et le coût du capital devenait presque secondaire.
Mais si :
- l’énergie redevient centrale,
- l’inflation plus persistante,
- les matières premières plus agressives,
- et la dette plus problématique,
alors le système financier mondial pourrait progressivement devoir se réadapter à quelque chose qu’il avait presque oublié :
la rareté réelle.
Conclusion
Peut-être que le vrai changement de régime n’est pas uniquement économique.
Peut-être qu’il est civilisationnel.
Pendant des décennies, l’Occident a construit un système basé sur :
- une énergie abondante,
- une monnaie extensible,
- des taux artificiellement faibles,
- et une mondialisation relativement stable.
Mais si simultanément :
- l’énergie devient plus rare,
- l’inflation plus persistante,
- les dettes plus fragiles,
- et les monnaies progressivement moins crédibles,
alors beaucoup d’actifs financiers pourraient être pricés pour un monde qui disparaît lentement.
Et c’est probablement cela que les marchés ont encore beaucoup de mal à accepter aujourd’hui.

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